ARTICLE CNAFC. FAMILLES, ENGAGEZ-VOUS DANS VOS COMMUNES !

La commune a de nombreux devoirs vis-à-vis des familles, puisqu’elle marie les citoyens, a la charge de la petite enfance et du logement. Mais celles-ci sont aussi attendues pour s’y impliquer et contribuer au Bien Commun. Regards croisés d’un maire et d’un adhérent AFC représentant les familles dans sa commune.

Qui sont-ils ?

Maxence de Rugy est maire de Talmont-Saint-Hilaire (Vendée), président de la Communauté de Communes Vendée Grand Littoral, et conseiller départemental de Vendée. Il est aussi président de l’Association du Passeport pour le civisme qu’il a fondée.

François de Montleau est adhérent aux AFC et membre représentant de l’UDAF au Conseil d’Administration du Centre Social d’Action Communale (CCAS) de Montigny (Yvelines).

Interview réalisée par Sophie Le Pivain.

D’où vient votre engagement dans la politique municipale ?

François de Montleau : Ingénieur de formation, j’ai longtemps travaillé dans l’industrie avant de me lancer dans l’investissement. En parallèle, j’ai aussi suivi des études de théologie, qui m’ont conduit à donner des cours de théologie dans ma paroisse et dans le diocèse de Versailles. Je ne suis donc pas un homme politique. Mais quand les AFC m’ont appelé en me proposant de devenir représentant de l’UDAF au Centre Communal d’Action Sociale (CCAS), j’ai tout de suite dit oui. Pour moi, il s’agit de mettre en pratique ma foi dans un engagement concret. Au début, j’étais un peu perdu, et je me demandais comment trouver ma place dans cette mission, d’autant qu’elle n’est pas confessionnelle. J’ai commencé par beaucoup écouter, en essayant d’apporter sur la mission du CCAS un regard qui prenne de la hauteur.

Maxence de Rugy : J’ai grandi dans une famille où la question de l’engagement dans la Cité était très présente. J’ai commencé par des engagements très humbles, comme celui de membre du Conseil Municipal des enfants, une petite mission, mais qui marque ceux qui la reçoivent – je remarque que, parmi les maires, beaucoup ont aussi fait cette expérience. Mes études en droit à l’ICES ont été l’occasion de mettre des mots sur les idées que j’avais. Et puis, j’ai découvert la politique locale en travaillant au Conseil Général de Vendée auprès d’élus comme Bruno Retailleau. J’étais fasciné par leur entière disponibilité au service de leur territoire et de ses habitants. J’avais une aspiration profonde à agir en tant que chrétien dans la Cité. Après avoir été chef de cabinet de Bruno Retailleau au Conseil départemental, puis élu au Conseil municipal de ma commune, j’ai été élu maire de Talmont-Saint-Hilaire pour la première fois en 2014 à 31 ans, ce qui a fait de moi le plus jeune maire de Vendée à cette époque.

Quels sont les fruits de cet engagement personnel au niveau municipal ?

F. de M. : Un des fruits personnels, c’est que j’ai découvert au CCAS de Montigny des personnes investies et généreuses. J’avais de la politique l’image d’un lieu de coups bas et de mesquinerie. Au contraire, nous tirons tous dans le même sens, celui du Bien Commun. J’ai aussi pu contribuer, avec d’autres, à un changement de perspective de la structure. Le CCAS comporte une vingtaine de personnes. Son budget est essentiellement alimenté par la subvention de la commune à la hauteur d’un million d’euros environ, pour une ville de 33 000 habitants. Il y avait une tendance à le considérer comme une machine à distribuer des subventions. Les discussions tournaient beaucoup autour de ça, et l’opposition réclamait toujours plus de budget. Avec deux autres personnes, nous avons voulu réfléchir à faire autrement, notamment en proposant une réflexion sur le rôle et les priorités du CCAS. Il en est ressorti qu’il lui revient d’orchestrer la solidarité en mettant en lien les différentes associations du territoire, plutôt que d’essayer de tout faire lui-même, ce qui revient à le faire moins bien. Nous avons aussi commandé une étude sur les besoins prioritaires de la population auprès d’une société extérieure. Celle-ci nous a conduits à un recentrage sur les questions liées au handicap et à l’isolement des seniors.

M. de R. : Celui qui me tient le plus à cœur est le passeport du civisme que j’ai conçu, un petit carnet que reçoivent les CM2 de ma commune, et où ils reçoivent un tampon à chaque acte de civisme accompli. Il peut s’agir de visiter un malade, d’assister aux commémorations du 11 novembre, ou encore de ramasser les déchets sur une plage. Avec ce dispositif, nous aidons les jeunes à devenir des acteurs et non des consommateurs, à s’engager pour les autres et non seulement pour eux-mêmes. Ce dispositif a été adopté dans 550 villes en France. Il aide chaque jeune à comprendre que son comportement individuel contribue au bien collectif. Sur ma commune, j’ai aussi lancé le « blabla familles », des parcours destinés aux parents, aux duo parents-ados ou encore aux couples. Pour ce dernier, nous donnons rendez-vous aux couples dans des lieux insolites et faisons appel à des conseillères conjugales professionnelles. Il y a notamment un dîner en tête-à-tête pour explorer ensemble les langages de l’amour. Alors que nous célébrons les mariages, que nous avons en charge les crèches et la petite enfance, et que nous recevons des subventions de l’État pour lutter contre les violences intrafamiliales, nous nous devons aussi de prendre soin des couples !

F. de M. : Cette initiative m’intéresse, parce que la fragilité du lien conjugal est une problématique qui s’est aussi posée chez nous et pour laquelle nous n’avons pas de solution. Il faut dire que ce sujet est très sensible. Pour pouvoir être entendu sur cette question, je l’aborde sous l’angle économique, par exemple celui de la crise du logement.

Quels sont les domaines dans lesquels les familles sont attendues ?

M. de R. : La première chose que j’attends d’elles, c’est qu’elles s’impliquent dans leur commune. On entend trop souvent que les hommes politiques sont compromis. J’ai de nombreuses familles engagées sur mon territoire : dans les clubs sportifs, dans les conseils d’école. La crise de la société, la crise de l’école proviennent souvent d’une crise plus profonde de la famille. Nous avons besoin de familles solides et impliquées.

F. de M. : A Montigny, qui a été un temps la ville la plus jeune de France, on observe maintenant une baisse du nombre d’enfants, et il y a eu plusieurs fermetures d’écoles. Ce changement n’est pas directement lié aux politiques menées, mais de fait, la parole s’est déplacée des familles vers les seniors, alors que la prise en considération des familles et de leurs difficultés est encore plus nécessaire au vu de la question de la baisse générale de la natalité. Évidemment, elles sont très prises par leur quotidien, mais elles sont assez absentes du paysage politique, et cela n’aide pas le maire à faire valoir la défense de la famille.

Quelles sont les défis que vous avez à relever dans votre engagement local ?

M. de R. : En tant que maire, je dois accepter d’être exposé, et ma famille aussi. Je ne m’appartiens plus complètement. J’assume ce choix, qui demande beaucoup de sacrifices, et qui m’apporte aussi beaucoup de joie. C’est un honneur de me sentir utile.

F. de M. : Je n’ai évidemment pas cette difficulté. Mon défi, quant à moi, c’est de rester fixé sur les objectifs que je me donne. Je limite mes activités. Cet équilibre me permet de rester à l’écoute d’autres personnes, dans mon cercle familial et amical, mais aussi dans ma paroisse. J’y côtoie des personnes d’horizons sociologiques et politiques très divers, et je crois que, dans mon engagement municipal, cela me donne une sensibilité que je n’aurais pas si je n’étais pas chrétien.

Quelle est à vos yeux l’importance de la politique locale, dans la vie d’un pays ?

M. de R. : Pour moi, la commune est une petite patrie, la République incarnée localement. C’est dans la multiplicité de toutes nos communes que se joue le pacte social. Je crois beaucoup à l’enracinement. Sylvain Tesson le définit ainsi : « l’enracinement, c’est être fixé à un lieu d’où l’on accueille le monde ». Et c’est cet enracinement dans nos territoires, dans nos communes et dans nos associations qui portera du fruit dans notre société.

F. de M. : La commune, c’est l’échelle véritablement humaine de la politique. Tout le monde peut serrer un jour dans sa vie la main du maire, pas celle du président. Au niveau national, on se projette volontiers dans des idées et dans des débats. Mais beaucoup de choses ne peuvent se passer qu’à l’échelle locale, l’échelle humaine. C’est notamment le cas de la solidarité, une histoire de rencontres, de personnes qui échangent, prennent des nouvelles et se viennent en aide.

(ARTICLE DE LA CNAFC) ÉTHIQUE ET PMA : LA POSITION DE L’ÉGLISE.

Entre souffrance des couples infertiles et bioéthique, l’Église interroge les techniques de procréation médicale, forte de sa sagesse multimillénaire.

« Grande est la souffrance des couples qui se découvrent stériles », affirme le Catéchisme de l’Eglise Catholique, en citant l’Ecriture : « Que pourrais-tu me donner, demande Abram à Dieu ? Je m’en vais sans enfant … » (Gn 15, 2) ; «  Fais-moi avoir aussi des enfants ou je meurs ! » crie Rachel à son mari Jacob (Gn 30, 1). » (§2374).

Outre cette reconnaissance de la souffrance des couples, le Magistère aborde surtout la question de l’infertilité sous l’angle de l’aide médicale qui leur est proposée, et des questions éthiques qu’elle soulève : « Les recherches qui visent à réduire la stérilité humaine sont à encourager, à la condition qu’elles soient placées «  au service de la personne humaine, de ses droits inaliénables, de son bien véritable et intégral, conformément au projet et à la volonté de Dieu », reprend le Catéchisme, citant Donum Vitae, le premier texte majeur du Saint-Siège sur cette question, publié en 1987.

Quant aux « techniques qui provoquent une dissociation des parentés, par l’intervention d’une personne étrangère au couple (don de sperme ou d’ovocyte, prêt d’utérus) », celles-ci sont jugées « gravement déshonnêtes » par le Catéchisme : elles « lèsent le droit de l’enfant à naître d’un père et d’une mère connus de lui et liés entre eux par le mariage. Elles trahissent le droit exclusif à ne devenir père et mère que l’un par l’autre ». Enfin, lorsqu’elles sont pratiquées au sein du couple, « ces techniques (insémination et fécondation artificielles homologues) sont peut-être moins préjudiciables, mais elles restent moralement irrecevables. Elles dissocient l’acte sexuel de l’acte procréateur. »

En 2008, la position de l’Eglise a été réactualisée avec la publication de Dignitas Personae, en 2008 du fait des questions soulevées par les nouvelles technologies biomédicales actuelles « en particulier en ce qui touche la recherche sur les embryons humains, l’utilisation de cellules souches à des fins thérapeutiques ainsi que le domaine de la médecine expérimentale. » L’Instruction encourage les recherches à la prévention de la stérilité et les techniques qui sont « une aide à l’acte conjugal et à sa fécondité » (n°12) : propulsion du sperme dans l’utérus et les trompes après un acte conjugal, chirurgie réparatrice de l’endomètre et des trompes. Elle demande également que soient facilitées les procédures d’adoption d’enfants orphelins, adoption par laquelle des couples stériles peuvent trouver une réponse généreuse à leur désir d’enfant.« L’Eglise reconnaît la légitimité du désir d’avoir un enfant, et comprend les souffrances des conjoints éprouvés par des problèmes d’infertilité. Ce désir ne peut cependant passer avant la dignité de la vie humaine, au point de la supplanter. Le désir d’un enfant ne peut justifier sa « production », de même que celui de ne pas en concevoir ne saurait en justifier l’abandon ou la destruction » , lit-on dans le texte (n°16).

Alors que Donum Vitae remettait en cause les techniques qui se substituent à l’acte conjugal, la nouvelle instruction s’oppose par exemple à l’Injection intracytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI), technique apparue 15 ans plus tôt et devenue la plus utilisée. Cette technique « réalise une totale dissociation entre la procréation et l’acte conjugal » et « instaure une domination de la technique sur l’origine et la destinée de la personne humaine » (n°17) et s’oppose à toute forme d’avortement provoqué et à la congélation des embryons induite par certaines techniques de PMA au nom du respect qui leur est dû.

(Article CNAFC) A L’ECOUTE DES COUPLES EN ESPERANCE D’ENFANTS.

« Un no man’s land social » : c’est ainsi que le comédien Mehdi Djaadi décrit la situation inconfortable à laquelle il s’est senti acculé, avec son épouse Anne. Deux, trois, puis quatre ans après leur mariage, aucun enfant ne naissait de leur amour. « Les gens de votre génération ont eu des enfants, ils se retrouvent entre eux ; ceux qui n’ont pas encore d’enfants sont célibataires. Alors vous n’allez ni boire des coups avec les potes célib, ni au parc avec ceux qui ont des enfants. Vous restez là, au milieu de tout ça, avec vos larmes, que vous versez abondamment »…

Course d’obstacles médicale

De cette infertilité, avec ses lourdeurs, sa course d’obstacles médicale, ses cas de conscience « crucifiants », mais aussi son chemin spirituel et ses réflexions sur le désir d’enfant, est né Couleur Framboise, un spectacle qu’il joue actuellement. Le comédien n’est pas le seul à évoquer la solitude qui étreint les couples qui vivent cette situation. C’est le cas d’Enguerran, 38 ans, marié depuis 10 ans avec Mathilde, alors que tous deux ne voient pas leur désir d’enfants s’exaucer : « Je me souviens, notamment au début de nos difficultés, de ces moments en famille ou entre amis, quand cette question était l’éléphant dans la pièce. La question était dans toutes les têtes, et notre entourage faisait des pas de deux pour discuter avec nous sans risquer d’aborder ce sujet ». De son côté, quand, les cycles passant sans qu’une grossesse ne s’annonce, les époux se sont retrouvés « dans le dur du sujet », Mathilde aussi se sentait seule : « j’étais perdue vis-à-vis de moi-même. Je jonglais avec mes sentiments de colère et de jalousie, et j’avais l’impression que personne ne me comprenait », se rappelle-t-elle. Parfois encore, on peut sentir peser sur soi une étiquette qui suscite la pitié des autres : « je peux être blessée de sentir que je suis dans une case à part », reconnaît Marie, qui, si elle a la joie d’être la maman d’un garçon de 12 ans, souffre des nombreuses fausses couches qu’elle a subies depuis.

Aujourd’hui plus qu’il y a dix ans, de nombreuses propositions ont vu le jour, dans la société comme dans l’Eglise, remarquent Mathilde et Enguerran. Il faut dire que l’infertilité, qu’elle soit primaire – quand le couple n’a jamais eu de grossesse à terme – ou secondaire – quand le couple a déjà un ou plusieurs enfants – est devenue une vraie question de société. Diagnostiquée, selon la définition de l’OMS, quand un couple a essayé de concevoir un enfant pendant un à deux ans, et qu’aucune grossesse n’a pu arriver à terme, elle concerne un couple désireux de mettre au monde un enfant sur quatre en France. Et les couples qui en souffrent ont besoin de sollicitude : « Personne ne vit cette situation légèrement, affirme Miette Pierson, pharmacien de formation, et formatrice en Naptotechnologie (voir encadré). Toutes les dimensions de la vie s’en trouvent perturbées : la vie sexuelle, mais aussi la vie familiale et sociale, et même professionnelle, quand il faut prévoir de nombreux examens à des intervalles précis, parfois au dernier moment ». Au-delà du quotidien, l’infertilité place les conjoints face à des questions existentielles : « devant ce projet qui n’aboutit pas, la question du sens de leur vie se trouve profondément remise en question ». Le sujet est d’autant plus difficile que, à une époque où l’on aime maîtriser le cours de sa vie et obtenir des réponses rapides, « ils sont confrontés à une attente et une incertitude qu’ils peuvent très mal vivre », remarque la spécialiste.

Besoin de sollicitude

Alors comment se rendre présent auprès d’un couple en souffrance, quand on est un parent, un frère, une soeur, un ami, un collègue ? L’entourage se trouve souvent démuni, ne sachant pas comment aborder le sujet sans risquer de faux pas : « la question est en effet délicate, reconnait Miette Pierson, d’autant qu’elle renvoie à l’intimité du couple : on a des enfants par une vie sexuelle, alors parler de l’un revient à aborder l’autre ». Pourtant, les premiers concernés disent combien ils ont besoin d’être écoutés : « le silence et la gêne font très mal », affirme Mehdi Djaadi, avant de recommander : « continuez d’inviter chez vous les couples en souffrance, de les inclure. Si elles n’en ont pas envie, les personnes vous le diront tout simplement ». « Parler avec des personnes tierces nous oblige à mettre des mots sur ce que nous vivons, et nous aide à être plus libres par rapport à nous-mêmes », réfléchit Mathilde.

« Nous sentions les personnes délicates autour de nous, et nous nous accrochions à elles, témoigne quant à elle Agathe, 32 ans, aujourd’hui maman d’une petite fille arrivée après huit ans d’un long chemin d’infertilité ». Parmi les personnes ressources, des prêtres et des consacrés de leur entourage : « combien de fois ils nous ont reboostés », se souvient-elle. Une expérience que cite aussi, de son côté, Mehdi Djaadi, « très marqué par l’écoute et la parole de prêtres, qui m’écoutaient et savaient trouver des mots qui me faisaient avancer, sans que je me sente jamais jugé ».

Car certaines paroles ou attitudes sont malvenues : « je crois qu’il faut éviter les conseils », recommande Miette Pierson. « Ils tombent rarement bien, et encore moins quand on a soi-même des enfants ». Dans les milieux catholiques, outre « la forme de pression sociale que l’on peut ressentir dans des cercles où la question de la vie au coeur de la famille est très présente », Mehdi Djaadi a parfois dû faire face des personnes cherchant à « imposer leurs convictions » par « des discours moralisateurs ». Des paroles d’autant plus déplacées que « quand je creusais un peu, je me rendais compte que ceux qui les énonçaient ne connaissaient pas bien le sujet de la PMA. Elles étaient incapables de faire la différence ente une FIV classique, une ICSI ou une IMSI » – différentes formes de fécondation in vitro, ndlr. Il en va de même pour les pistes médicales : « combien avons-nous reçu d’adresses réputées infaillibles, et combien d’espoirs déçus, relit Agathe : il nous a fallu prendre du recul ».

Des questions existentielles

S’il n’y a pas de recette magique pour accompagner ses proches dans la peine, « l’amour est inventif », déclare Miette Pierson. En témoigne cette amie qui a un jour envoyé à Agathe un cadeau alors qu’elle venait elle-même d’accoucher, jugeant que n’avoir ni bébé ni cadeau était une double peine : « c’était audacieux, mais elle m’a fait un plaisir immense », se souvient-elle. Marie, quant à elle, se rappelle cette amie qui a bousculé son emploi du temps et confié ses enfants pour venir attendre avec elle aux urgences le jour où elle faisait une nouvelle fausse couche. Pour ne pas tomber à côté, « je crois qu’il faut prendre le temps d’observer et d’écouter la personne qui souffre, estime-t-elle. Ce qui requiert le courage de se confronter à sa souffrance ». C’est ainsi que l’on peut saisir les perches tendues, ou déceler tel ou tel besoin à travers des attitudes. Car ceux-ci varient d’une personne à l’autre et d’une période à l’autre : quand certains redoutent la vue d’un enfant, « j’ai aimé que ma belle-sœur me confie son bébé à câliner », affirme Marie. De même, elle préfère recevoir une annonce de grossesse par oral, quand d’autres, comme Mathilde ou Agathe, préviennent leurs proches de préférer un message écrit pour prendre le temps de digérer leur peine avant de revenir vers eux quand ils se sentent en mesure de se réjouir. Quoiqu’il en soit, « l’attitude du cœur d’une personne qui a vraiment envie d’aider se reconnaît, et fait passer beaucoup de maladresses ».

Au cœur du parcours rocailleux de l’infertilité, les couples que nous avons sollicités témoignent malgré tout des grâces qu’ils ont reçues : « Dans l’épreuve, nous avons fait alliance, attestent Mathilde et Enguerran : mystérieusement, nous n’avons jamais été au fond du trou au même moment, l’un pouvant aider l’autre ». Marie, elle, a pris le parti de composer avec sa souffrance : « à chaque moment triste, tout en accueillant ma peine, j’essaie d’associer une joie que j’ai », déclare-t-elle. « L’épreuve m’a aussi ouvert le cœur en me donnant conscience de la souffrance des autres ». Quant à Medhi Djaadi, le pèlerinage de Vézelay à Assise, entrepris avec son épouse, a été une grande étape de son cheminement « la marche a été l’occasion d’une vraie conversion, intérieure et écologique, qui nous a permis de faire un pas de côté par rapport à une vie « qui ne tournait plus qu’autour de ça ». Désormais maman, Agathe, elle, s’efforce de continuer à faire du lien autour d’elle : « J’ai été tellement consolée que je ne suis pas sûre de pouvoir rendre ce que j’ai reçu… ».

Sophie le Pivain

Zoom : la naprotechnologie au service de la fertilité naturelle

Née aux Etats-Unis, la naprotechnologie s’est implantée en France en 2010. Abréviation des termes Natural Procreative Technology, elle s’adresse aux couples qui rencontrent des difficultés dans leur fertilité, et se donne pour mission de « faire un diagnostic en recherchant les causes de l’infertilité aussi bien masculine que féminine, puis de prendre en charge le couple afin de favoriser une conception naturelle. » De nombreux couples ne souhaitant pas s’engager dans la voie de la procréation médicale ment assistée (PMA) y ont recours.

Cette technique a été mise au point par le docteur Thomas Hilgers, qui avait déjà conçu Fertility Care, une méthode d’observation des cycles à travers l’observation de la glaire cervicale, en vue d’une régularisa tion naturelle des naissances. La « napro » se fonde sur cette connaissance précise du cycle féminin et sur celle de la fertilité masculine, pour établir un diagnostic.

Cette phase est complétée par un suivi médical classique, avec des examens (prises de sang, bilans hormonaux, échographies, spermogrammes, etc.), des consignes hygiéno-diététiques (régime pauvre en sucres par exemple) et des traitements médicamenteux, voire chirurgicaux. Elle affiche un taux de réussite de 35 %

(ARTICLE CNAFC) MAJORATION DES ALLOCATIONS FAMILIALES : UN REPORT LOURD POUR LES FAMILLES.

Depuis le 1er mars, la majoration des allocations familiales est reportée aux 18 ans de l’enfant. Les AFC dénoncent une économie faite sur le dos des familles.

Un report de la majoration des allocations familiales

À partir du 1er mars 2026, la majoration des allocations familiales ne s’appliquera plus aux 14 ans de l’enfant, mais aux 18 ans. Ceci pourra représenter une perte de 900 euros par an pour certaines familles. Désormais, seules les familles dont l’enfant est né avant mars 2012 pourront continuer à bénéficier de l’ancien dispositif.

Objectif annoncé : financer le congé de naissance

Cette réforme vise à dégager des économies pour financer le nouveau congé de naissance, qui entrera en vigueur au 1er juillet 2026. Ce congé, d’une durée de deux mois par parent, sera rémunéré à 70 % du salaire net le premier mois, puis 60 % le second. Le gouvernement estime que ce report permettra de réaliser 210 millions d’euros d’économies dès cette année, puis 1,2 milliards d’ici quatre ans.

Des économies contestées

Le Haut conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge (HCFEA) ainsi que plusieurs associations familiales dont la CNAFC (Confédération nationale des AFC) dénoncent cette mesure, la jugeant particulièrement pénalisante pour les familles les plus nombreuses et les plus modestes alors que la pauvreté infantile progresse. Selon l’Union nationale des associations familiales (UNAF), la suppression de la majoration générera deux fois plus d’économies que le coût du congé de naissance, estimé à 600 millions d’euros.

Au détriment des familles d’adolescents

Les associations familiales soulignent que les besoins d’un adolescent sont supérieurs à ceux d’un enfant plus jeune : alimentation, loisirs, équipement, déplacements et espace personnel coûtent davantage. Le conseil d’administration de la Caisse nationale aux allocations familiales (Cnaf) s’est d’ailleurs prononcé contre cette réforme.

Alors que la branche famille est structurellement excédentaire

La réforme intervient alors que la natalité connaît un recul historique en France : 644 000 naissances en 2025, soit une baisse de 2,3 % par rapport à 2024 et de 24 % par rapport à 2010. Certaines associations regrettent que les familles modestes avec adolescents soient mises à contribution pour financer le congé de naissance, alors que les excédents de la branche famille de la sécurité sociale qui vont encore croître avec la baisse de la natalité auraient pu être mobilisés.