ARTICLE CNAFC – L’EURO NUMERIQUE, LA MONNAIE DE DEMAIN ?

Moins d’espèces, plus de paiements dématérialisés, des réseaux américains omniprésents : le paysage des paiements change à toute vitesse. Présentation du projet d’euro numérique.

Vers une monnaie toujours plus numérique

Le constat est simple : nous avons changé de monde sans vraiment nous en rendre compte. Les paiements se dématérialisent à grande vitesse et la tendance n’a rien d’anecdotique. Les AFC vous donnent les clés pour comprendre les paiements numériques pour mieux se protéger dans un autre article.

En France, l’usage des espèces pour les paiements en magasin est passé de 68 % des transactions en 2016 à 43 % aujourd’hui. La pandémie du Covid a accéléré brutalement ce mouvement, mais la courbe continuait déjà de baisser avant… et elle a continué après. La carte, le paiement mobile ou encore sans contact, les achats sur internet ont pris le relais, dans un quotidien où l’on fait appel à de moins en moins de billets et de pièces.

Cette évolution ne se limite pas à la France : tous les pays européens connaissent une numérisation rapide des paiements. Simplement, ils ne partent pas du même point, ni n’avancent au même rythme. Les pays du Nord – Pays-Bas, Finlande, Norvège, Suède – utilisent désormais très peu d’espèces. À l’inverse, dans certains pays du Sud, comme l’Italie ou la Grèce, le cash reste très présent.

Mais partout, la tendance est la même : payer devient un geste numérique.

Quand les espèces reculent, que perd-on vraiment ?

Cette baisse de l’usage des espèces ne pose pas seulement une question d’habitude ou de confort. Elle soulève deux grands enjeux résumés en deux mots : caractéristiques et souveraineté.

D’abord, les espèces ont des propriétés uniques. Elles sont de la monnaie de banque centrale, acceptée partout parce qu’elles ont cours légal. Elles sont gratuites à l’usage pour le payeur, ne nécessitent pas de compte bancaire et donc très inclusives. Elles sont aussi très protectrices de la vie privée : un billet qui passe de main en main ne laisse aucune trace dans un serveur.

À mesure que ces espèces sont moins utilisées, toutes ces caractéristiques reculent aussi dans notre vie quotidienne. On s’habitue à ce que chaque paiement laisse une trace, à dépendre d’un compte bancaire ou d’un smartphone, à faire confiance à des intermédiaires privés.

Le deuxième défi est d’ordre stratégique : plus les paiements deviennent numériques, plus ils reposent sur des infrastructures et des acteurs spécifiques, souvent privés, parfois situés hors d’Europe. Notre dépendance envers eux augmente mécaniquement.

Visa, Mastercard et la question de la souveraineté

Dans le domaine des cartes, cette dépendance porte un nom : Visa et Mastercard. Ces deux groupes américains jouent un rôle central dans les paiements du quotidien, en particulier dans les pays qui n’ont pas développé de réseau national.

En France, la situation est un peu différente grâce au schéma CB, qui reste très puissant. Beaucoup de cartes sont « co-marquées » : CB pour les paiements en France, Visa ou Mastercard pour l’étranger. Mais même ainsi, la tendance européenne globale est claire : près de sept transactions sur dix en zone euro passent par Visa ou Mastercard.

Ces acteurs ont des atouts considérables : puissance d’investissement, innovation rapide, effets de réseau mondiaux. Ils définissent des standards techniques, multiplient les partenariats exclusifs – par exemple sur de grands événements sportifs où seule une marque est acceptée – et mènent des stratégies commerciales agressives auprès des banques pour qu’elles n’émettent plus que leurs cartes.

Les conséquences sont multiples. En termes de souveraineté, d’abord : quand un pays est capable de déconnecter un autre d’un réseau de cartes – comme la Russie l’a expérimenté par le passé – ou quand un juge français siégeant à la Cour pénale internationale se retrouve soudain sous sanctions américaines et ne peut plus payer avec aucune carte Visa, Mastercard ou American Express, la dépendance devient très concrète. Il se retrouve par exemple à La Haye avec une carte… inutilisable, sauf à disposer d’un moyen de paiement ancré dans un réseau domestique.

En termes de résilience, ensuite : si une grande partie de l’économie repose sur quelques acteurs, la moindre panne ou restriction peut bloquer des pans entiers d’activité.

Enfin, en termes de concurrence : lorsque deux acteurs se retrouvent en duopole, voire en quasi-monopole, ils ont la main sur la tarification. Les commerçants le ressentent directement : hausse des commissions, frais additionnels, services facturés en plus. Une étude menée au niveau européen estime ainsi à environ deux milliards d’euros par an les montants versés à Visa et Mastercard au titre des seules cartes de débit. Autant de marge qui part soutenir des entreprises étrangères plutôt que l’économie locale.

Une Europe fragmentée qui n’arrive pas à s’unir

Face à ce constat, l’Europe n’est pas partie de zéro. Il existe des réseaux nationaux de carte dans certains pays, des initiatives de paiement mobile comme Wero dans quelques États et plusieurs projets ont déjà tenté de construire un « grand » schéma européen.

Mais ces tentatives se heurtent régulièrement aux mêmes obstacles : difficulté à se mettre d’accord entre communautés bancaires, divergence sur les modèles économiques, enjeux de valorisation d’actifs existants, inertie des habitudes, fragmentation des marchés. Chacun défend « son » système, ses priorités, ses compromis.

Le résultat, c’est un paysage morcelé : quelques îlots nationaux solides, quelques solutions régionales prometteuses, mais rien qui couvre réellement l’ensemble de la zone euro. Et pendant que les Européens discutent entre eux, Visa et Mastercard continuent de gagner du terrain.

L’euro numérique, une réponse publique dans un monde privé

C’est dans ce contexte que s’inscrit le projet d’euro numérique. L’intervenant le présente comme une pièce de plus dans le puzzle, pas comme un outil miracle qui remplacerait tout.

L’idée est double. D’abord, proposer dans l’espace numérique un équivalent des espèces : une forme de « billet numérique » émis par la banque centrale, qui retrouverait les caractéristiques fondamentales du cash, mais pour les paiements en ligne et dématérialisés. Acceptation partout en zone euro, gratuité pour l’utilisateur, très haut niveau de confidentialité, utilisable y compris par des personnes peu à l’aise avec l’outil bancaire classique.

Ensuite, apporter une réponse européenne à la dépendance actuelle. L’euro numérique serait un moyen de paiement public, commun à tous les pays de la zone euro, ne reposant pas sur des réseaux de cartes privés américains. Il viendrait compléter les initiatives comme CB ou Wero et renforcer l’autonomie stratégique de l’Union dans un domaine aussi vital que les paiements.

Comment fonctionnera concrètement l’euro numérique ?

Dans la vision présentée, l’euro numérique aurait deux grandes modalités d’usage, qui se complètent.

La première ressemble à ce que nous connaissons déjà avec nos comptes bancaires : une utilisation « en ligne ». La seconde est plus innovante : une utilisation « hors ligne », qui redonne au numérique certaines propriétés du billet de papier.

  • La version “en ligne” : un compte en euro numérique

Dans le mode en ligne, l’euro numérique fonctionnerait comme un compte alimenté en monnaie de banque centrale. C’est votre banque qui vous donnerait accès à ce service, via son application ou son site, un peu comme elle le fait déjà pour vos comptes courants ou vos livrets.

Vous pourriez alors payer sur internet, envoyer de l’argent, recevoir des paiements, avec un euro numérique qui circule dans les mêmes canaux que les paiements scripturaux actuels. Les transactions seraient validées, contrôlées, sécurisées, avec les mêmes obligations réglementaires que pour les autres moyens de paiement : lutte contre le blanchiment, contre le financement du terrorisme, contre la fraude.

En matière de confidentialité, ce mode en ligne serait un peu plus protecteur que certaines solutions actuelles, mais il resterait dans le même univers : votre banque verrait encore une partie des informations nécessaires à ces contrôles. Ce n’est pas là que se situe la différence la plus spectaculaire.

  • La version “hors ligne” : un billet numérique dans le téléphone

C’est le second mode qui change vraiment la donne : le paiement hors ligne. Dans cette configuration, des euros numériques seraient stockés directement sur un support sécurisé – une carte, un téléphone mobile – et non plus uniquement sur les serveurs d’une banque.

Pour un paiement de proximité, entre deux personnes ou chez un commerçant, le transfert pourrait se faire directement d’un support à l’autre, sans que la transaction ne soit validée à distance par la banque ou la banque centrale. Pas besoin de réseau, pas besoin de connexion internet : la valeur passerait d’un porte-monnaie numérique à un autre, exactement comme un billet passe de main en main.

Sur le plan de la confidentialité, la promesse est forte : lors de ces paiements hors ligne, aucune donnée de transaction ne remonte vers un tiers. Seuls les deux participants à l’échange savent ce qui a été payé, comme avec les espèces. Sur le plan de la résilience, c’est tout aussi décisif : même en cas de panne de réseau, de coupure internet, de saturation des systèmes, les paiements pourraient continuer de circuler localement.

Un participant a rapproché cette idée de l’ancien système Moneo ou des cartes de resto U préchargées de quelques dizaines d’euros. La comparaison a du sens : il y a effectivement un aspect « préchargement ». Mais l’intervenant souligne que l’euro numérique va beaucoup plus loin : utilisable sur smartphone, entre particuliers, pour bien plus que la cafétéria d’une université, et intégré à un cadre européen unifié.

Confidentialité, confiance et limites

La question de la confiance vient naturellement : comment être sûr que ces paiements hors ligne restent vraiment confidentiels ? Comment un citoyen peut-il être certain qu’aucune donnée ne sort de son téléphone ou de sa carte ?

L’intervenant de la Banque de France, Bruno Monteil, distingue clairement les deux mondes. Pour l’euro numérique en ligne, la confidentialité sera renforcée mais pas absolue : la banque qui tient le « compte » en euro numérique aura accès aux données nécessaires aux contrôles imposés par la loi. C’est le même équilibre que pour les paiements actuels.

En revanche, pour les paiements hors ligne, l’ambition est bien de ne transmettre ni au prestataire, ni à la banque, ni à la banque centrale les détails des transactions courantes. Une fois les euros numériques chargés sur l’instrument, les échanges de personne à personne se feront sans tiers technique au milieu, comme pour les billets.

Autre point sensible : la limite de montant. L’euro numérique n’a pas vocation à devenir un gigantesque coffre-fort numérique où chacun thésauriserait des dizaines de milliers d’euros en dehors du système bancaire. Il y aurait donc un plafond, sans doute de quelques milliers d’euros, suffisant pour couvrir les paiements du quotidien, les besoins d’une famille ou d’un petit commerçant, mais pas pour vider massivement les comptes bancaires classiques.

Cette limite répond à un enjeu précis : ne pas déstabiliser les banques commerciales, qui ont besoin de dépôts pour financer l’économie. Il ne s’agit pas d’opposer l’euro numérique et les banques, mais de les articuler.

Un outil en plus, pas un outil en trop

L’euro numérique ne doit pas être compris comme une « fin de l’histoire » des paiements, ni comme la disparition programmée des espèces, ni comme un concurrent direct de tous les autres moyens de paiement.

Il s’agit d’un outil supplémentaire, public, européen, pensé pour compléter ce qui existe déjà : le cash, la carte, le virement, les solutions comme CB ou Wero. Un outil qui permettrait de garder, dans un monde de paiements de plus en plus numériques, ce qui fait la force de la monnaie fiduciaire : l’acceptation universelle, la gratuité à l’usage, la confidentialité, l’inclusion.

Le projet d’euro numérique est encore en phase préparatoire. Les travaux actuels portent sur la conception, les tests techniques et les modalités d’usage. Le passage à une éventuelle phase de mise en œuvre dépendra de l’avancée du projet au niveau des institutions européennes, puis françaises…

La CNAFC, association de consommateurs

La Confédération nationale des Associations Familiales Catholiques (CNAFC) est l’une des 14 associations de défense des consommateurs reconnues par la DGCCRF (la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes). Grâce à cet agrément, la CNAFC vient en aide à tous les particuliers qui rencontrent des difficultés d’ordre commercial avec des entreprises. Ainsi, en cas de litige, toute personne, même non adhérente aux AFC, peut contacter l’une des nombreuses antennes consommation disséminées dans toute la France.

Plus d’informations

(ARTICLE DE LA CNAFC) LUTTE CONTRE LA PRECARITE ENERGETIQUE: IL Y A URGENCE !

La CNAFC s’associe à une démarche commune aux côtés d’autres organisations de consommateurs et de l’Union française de l’électricité pour alerter sur l’urgence sociale que représente la précarité énergétique.

La CNAFC s’associe à une démarche commune aux côtés d’autres organisations de consommateurs et de l’Union française de l’électricité pour alerter sur l’urgence sociale que représente la précarité énergétique.

À l’occasion de la journée qui lui était consacrée le 18 novembre dernier, cette lettre ouverte appelle à un renforcement ambitieux des dispositifs d’aide et des politiques de rénovation. Elle rappelle l’importance d’un soutien accru aux ménages modestes, particulièrement exposés à la hausse durable du coût de l’énergie.

Lettre ouverte

Renforçons la lutte contre la précarité énergétique : il y a urgence !

En cette journée de lutte contre la précarité énergétique, nous, associations de consommateurs et membres de l’Union Française de l’Électricité, souhaitons attirer l’attention du Gouvernement et des parlementaires sur l’urgence à renforcer l’accompagnement des ménages modestes et très modestes pour leur permettre d’alléger leur facture d’énergie et, sur le long terme, pour les aider à réaliser des économies en rénovant leur logement.

Selon l’Observatoire National de la Précarité Énergétique, 10 % de la population est en situation de précarité énergétique, ce qui représente plus de 3 millions de ménages. Ce chiffre doit s’apprécier également au regard du pourcentage de la population vivant sous le seuil de pauvreté, qui s’élève aujourd’hui à 15 %, un niveau record. Des millions de personnes souffrent du froid et de la chaleur dans leur logement, avec des conséquences sur leur santé physique et mentale. Ce niveau alarmant témoigne de l’urgence d’accroître les dispositifs d’aide à la lutte contre la précarité énergétique.

A cet égard, bien que nous saluions le rôle qu’a joué le bouclier tarifaire dans l’atténuation des effets de la crise des prix de l’énergie, ces derniers ne sont pas redescendus à leur niveau d’avant-crise et les aides à destination des ménages en situation de précarité énergétique sont désormais affectées par les restrictions budgétaires. En particulier, le montant du chèque énergie n’a pas évolué depuis 2019 et couvre donc une part de plus en plus réduite de la facture énergétique des ménages pour leur logement.

Depuis plusieurs années, nous, signataires de ce courrier demandons un rehaussement significatif du chèque énergie.
De surcroît, nous souhaitons particulièrement attirer l’attention sur le plafond de revenus permettant de
bénéficier du chèque énergie, devenu inférieur au seuil de pauvreté, ce qui devrait justifier son relèvement d’urgence.

En outre, nous rappelons avoir alerté sur les difficultés que poserait le nouveau dispositif d’attribution du chèque énergie, en particulier la diminution du nombre de bénéficiaires identifiés automatiquement. Ainsi, considérant la nouvelle période d’envois de chèques qui commence et la nécessité pour certains ménages de se déclarer sur une plateforme pour faire valoir leur droit, nous appelons à un retour d’expérience sur la première campagne du dispositif sous cette forme et à une extrême vigilance quant à l’évolution du taux de non-recours.

Plus largement, parce qu’elle résulte d’une combinaison de facteurs – l’augmentation de la pauvreté, un parc de logements non performants et une hausse du coût des énergies –, lutter efficacement contre la précarité énergétique implique de mener des politiques coordonnées d’aides au paiement des factures d’énergie des ménages les plus modestes et de soutiens à la rénovation de leur logement.

Nous nous inquiétons particulièrement de la baisse de MaPrimeRénov’ pour les ménages précaires, qui se manifesterait par la diminution drastique de l’enveloppe budgétaire actuellement prévue dans le projet de loi de finances 2026. MaPrimeRénov’ constitue pourtant la principale aide publique à la rénovation énergétique et climatique des logements et est désormais bien connue des ménages. Cette décision politique risque donc de freiner les rénovations, dont les conséquences sont à la fois préjudiciables pour de nombreux ménages en situation de précarité énergétique, mais également pour l’atteinte de nos objectifs climatiques et de souveraineté énergétique. Il est pourtant urgent d’accélérer le rythme de rénovation des logements, déjà en deçà des objectifs fixés par la Stratégie française pour l’énergie et le climat.

En conséquence, nous appelons à mettre en œuvre un véritable plan national pour la rénovation des logements à destination des ménages modestes et très modestes. En engageant une réflexion globale sur les dispositifs d’aides existants et les politiques publiques d’ores et déjà à l’œuvre, un tel plan permettrait de lever les freins à la rénovation rencontrés par ces ménages : méconnaissance des dispositifs, complexité administrative, reste à charge trop élevé ou encore manque d’incitation envers les propriétaires bailleurs. Cet état des lieux permettrait ensuite de proposer et de mettre en œuvre des mesures concrètes pour garantir aux ménages les plus modestes la possibilité de faire rénover leur logement, condition indispensable pour répondre à l’urgence sociale et climatique.

Lutte contre la précarité énergétique : il y a urgence !

ARTICLE CNAFC – IA : LE VATICAN EN POINTE SUR LES REFLEXIONS ETHIQUES.

L’intelligence artificielle vient bouleverser nos sociétés. Comme les papes François et Léon XIV y invitent avec une certaine gravité, ces nouveaux usages sont à aborder avec un grand discernement, tant les enjeux sont nombreux.

Premières réflexions

Publiée pour la Journée mondiale de la Paix, la première déclaration approfondie d’un pape sur les formes contemporaines de l’IA date du 1er janvier 2024. François y propose de sérieux critères de discernement sur cette technologie naissante. Si la science et la technologie « sont des produits extraordinaires » du « potentiel créatif » que Dieu a conféré à l’homme, affirme-t-il, ceux-ci « en permettant l’exercice d’un contrôle sans précédent sur la réalité, mettent entre les mains de l’homme un vaste éventail de possibilités, dont certaines peuvent constituer un risque pour la survie de l’humanité et un danger pour la maison commune. »

Réfléchir aux risques de l’IA

Parmi les écueils de l’IA, l’extraction « des données qui permettent de contrôler les habitudes mentales et relationnelles des personnes, souvent à leur insu, à des fins commerciales ou politiques, en limitant l’exercice conscient de leur liberté de choix », avertit par exemple le pape, qui appelle à la création d’organismes de contrôle. Le texte papal invite aussi à réfléchir sur « le sens de la limite » qui se trouve menacé par « le paradigme technocratique » : « Notre monde est trop vaste, trop diversifié et trop complexe pour être entièrement connu et classifié ». Refuser de le reconnaître serait risquer de « tomber dans la spirale d’une dictature technologique ». À l’inverse, « reconnaître et accepter ses limites de créature est pour l’homme une condition indispensable pour obtenir, ou mieux accueillir, la plénitude comme un don. »

Le terme « intelligence »

Par l’intermédiaire de ses dicastère pour la Doctrine de la Foi et pour la Culture et l’Éducation, le Vatican a aussi produit en janvier 2025 une importante « note sur les relations entre l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine ».  Intitulée Antiqua et Nova, elle propose une longue réflexion sur la spécificité
de l’intelligence humaine. Celle-ci tend naturellement vers la vérité, elle est aussi fondamentalement liée au caractère incarné de la personne, et « ordonnée par [sa] nature même à la communion interpersonnelle ». C’est pourquoi « l’utilisation même du mot “intelligence” » en référence à l’IA « est trompeuse ».

Quels critères éthiques ?

Parmi les critères éthiques que propose Antiqua et Nova pour encadrer l’utilisation de l’IA, « l’Église est particulièrement opposée aux applications qui menacent le caractère sacré de la vie ou la dignité de la personne ». Elle alerte aussi sur la « vision globale et la compréhension de la personne intégrée dans de
tels systèmes », car « les produits technologiques reflètent la vision du monde de leurs concepteurs, propriétaires, utilisateurs et régulateurs et, grâce à leur pouvoir, ils façonnent le monde ».

« Au  niveau sociétal, décrit aussi la note, certains développements technologiques peuvent également renforcer les relations et les dynamiques de pouvoir qui ne sont pas conformes à une vision correcte de l’individu et de la société. » La note propose aussi des critères quant aux soins de santé, où l’IA, si elle « semble présenter un potentiel énorme », ne doit pas « remplacer entièrement la relation entre les patients et les soignants ». Mais aussi quant à l’économie, l’information, à l’éducation, à la vie privée, à la guerre… Un document à lire absolument si l’on cherche à faire un bon usage de l’IA.

Sophie le Pivain

Zoom : Léon XIV et l’IA

Dans son premier discours après son élection, Léon XIV a nommé l’intelligence artificielle comme l’un des défis majeurs de notre époque. À tel point que ce sujet fait partie de ceux qui ont présidé au choix de son nom de pape : « Il y a plusieurs raisons, mais principalement parce que le pape Léon XIII, avec l’encyclique historique Rerum novarum, a abordé la question sociale dans le contexte de la première grande révolution industrielle ; et aujourd’hui l’Église offre à tous son héritage de doctrine sociale pour répondre à une autre révolution industrielle et aux développements de l’intelligence artificielle, qui posent de nouveaux défis pour la défense de la dignité humaine, de la justice et du travail », a-t-il déclaré le 10 mai devant le collège cardinalice.

ARTICLE CNAFC – GLEEDEN : UN SLOGAN MENSONGER QUI BANALISE L’INFIDELITE.

« Contrairement aux antidépresseurs, l’amant ne coûte rien à la Sécurité sociale » : les AFC dénoncent la nouvelle campagne de publicité mensongère de Gleeden qui se moque du malheur des autres et banalise l’infidélité.

Connaissez-vous Gleeden ? Il s’agit d’une société américaine lancée en 2009 qui commercialise des rencontres extraconjugales. Les AFC réagissent vivement à leur dernière campagne de communication dans le métro parisien : « Contrairement aux antidépresseurs, l’amant ne coûte rien à la Sécurité sociale ».

Le message est clair : avoir un amant permettrait aux personnes mariées d’être mieux dans sa peau. Ce site de rencontre cherche à détourner positivement l’infidélité. Tromper ne serait plus une faute mais un acte neutre pour notre société.

L’infidélité, première cause de rupture conjugale

Et pourtant, l’infidélité est source de souffrance des ruptures familiales et des drames humains. Pour rappel, en 2023, la DREES comptabilisait 425 000 séparations conjugales (divorces, ruptures de PACS ou d’unions libres). Outre les adultes, il ne faut pas oublier les répercussions directes, à savoir les 380 000 enfants mineurs victimes des ruptures familiales. Les conséquences des séparations peuvent même s’illustrer sur le temps long : dépression, échec scolaire, perte de revenus et précarisation. La vulnérabilité touche particulièrement les familles monoparentales, Selon l’Insee, en 2023, 34,3% d’entre elles vivaient sous le seuil de pauvreté.

Le coût de l’infidélité

La marchandisation de l’infidélité peut-il réellement être autant banalisée ? Ne vous faites pas d’illusions, Gleeden n’a cure de votre bien-être ou de la cellule familiale. Elle joue sur des pulsions aux conséquences sociétales délétères et pousse l’individualisme à son extrême. Oui Gleeden met en danger la famille, un des derniers acteurs qui oblige à penser à autrui, via la solidarité humaine.

De plus, le coût des ravages de l’infidélité ne se limite pas aux séparations, mais concerne également celui des conflits, violences conjugales et familiales. En France, plusieurs études ont évalué les violences conjugales entre 1,7 et 3,5 milliards. Une part importante de ses estimations sont des dépenses de santé et d’accompagnement. La promesse d’un amant qui ne coûte rien à la Sécurité sociale est un pur mensonge.

La responsabilité de Gleeden

Certes, on peut penser que Gleeden n’est pas responsable des séparations, des violences familiales et leurs conséquences. Juridiquement non, moralement oui. Elle se place en amont de ses catastrophes humaines, tout en précipitant ces dernières. Face à la perversité d’une entreprise capitaliste vide de valeurs exemplaires, la CNAFC se place comme un rempart infaillible.

Enfin, le slogan publicitaire de Gleeden est une invitation à détourner notre regard sur la vraie définition de l’Amour. L’amour avec un grand A ne peut se diviser dans des relations extraconjugales. La CNAFC a publiquement dénoncé le nouveau slogan de Gleeden, et agissent pour prévenir les ruptures conjugales.

Retrouvez notre tribune dans Famille Chrétienne.

COMMUNIQUE DE PRESSE DE LA CNAFC – LES AFC SALUENT LES ACTIONS ENGAGEES CONTRE LES DERIVES DE SHEIN.

La Confédération nationale des Associations familiales catholiques (CNAFC)
prend acte des mesures fermes engagées par la Direction générale de la
Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF), la
Douane et le Gouvernement français contre la plateforme Shein, mise en cause
pour la vente de produits dangereux, non conformes et à caractère illicite, pour
protéger les consommateurs et les mineurs face à ces dérives.


Suite à la découverte, par les services de l’État, de contenus
pédopornographiques, de produits non conformes et de l’absence de dispositifs
efficaces de protection des mineurs, la CNAFC approuve la réactivité des
autorités et l’ouverture de plusieurs procédures judiciaires. Ces démarches
témoignent d’une volonté claire de faire respecter la loi et de préserver la
sécurité et la dignité des personnes, en particulier des enfants.


La CNAFC tient également à déplorer les dérives du modèle économique de la
mode éphémère, dont Shein est l’un des symboles les plus préoccupants.
Cette logique de production et de consommation effrénée, fondée sur le
renouvellement constant d’articles à bas prix, alimente une culture du
jetable, favorise des conditions de travail dégradantes et pèse lourdement sur
l’environnement. Elle véhicule par ailleurs un modèle de société fondé sur la
consommation immédiate plutôt que sur la responsabilité et la durabilité, en
contradiction avec les valeurs familiales et humaines que la CNAFC défend.


La Confédération appelle à une prise de conscience collective, invitant les
consommateurs à privilégier la sobriété, la qualité et la transparence dans leurs
choix, et les pouvoirs publics à renforcer les contrôles et la régulation des
plateformes étrangères.


La CNAFC encourage enfin l’Union européenne à poursuivre, aux côtés de la
France, une harmonisation des règles et des sanctions applicables aux
plateformes opérant sur son territoire. Les pratiques commerciales des géants
du commerce en ligne doivent être pleinement soumises au droit européen et à
des contrôles rigoureux, dans l’intérêt de tous les consommateurs.

https://afc-france.org/wp-content/uploads/2025/11/Communique_de_Presse_consommation_shein.pdf