Dans le cadre des discussions sur le projet de loi relatif à l’accompagnement des malades et de la fin de vie à l’Assemblée nationale, les AFC se dotent d’un nouveau porte-parole en la personne de Louis Bouffard, étudiant de 24 ans à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et auteur de deux livres Une lueur dans les tranchées et Un cœur joyeux.
Dans ce débat autour de la souffrance, il est important pour les AFC de montrer que la vie est précieuse même dans les pires moments. Louis Bouffard en est le témoin vivant.
La parole de Louis est pleine d’espérance et de paix malgré plusieurs drames dans sa vie : en particulier, l’évolution de sa maladie qui le handicape aujourd’hui au point de devoir se déplacer en fauteuil roulant, d’être dépendant des autres pour tous les actes de la vie quotidienne et d’être sous assistance respiratoire chaque nuit.
Par son témoignage, les AFC espèrent que Louis saura toucher le cœur des députés et des sénateurs, ainsi que d’un grand nombre de Français, en leur montrant que le progrès est dans une société qui prend soin des plus fragiles, et non dans une société qui délivre un permis de tuer.
Louis Bouffard – « Les Associations Familiales Catholiques m’ont demandé d’être leur porte-parole sur les sujets de l’euthanasie et du suicide assisté. Je rêve d’une société fraternelle qui aide les plus fragiles. C’est pourquoi j’ai accepté d’être le porte-parole des AFC. J’ai accepté de porter la voix des familles pour s’opposer à la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie, la priorité est l’accès universel aux soins palliatifs ».
L’examen en séance publique du projet de loi légalisant suicide assisté et euthanasie a commencé aujourd’hui. La Fondation Jérôme Lejeune dénonce un texte intrinsèquement pervers et dangereux, en particulier pour les personnes porteuses de handicap, et appelle à un sursaut des consciences..
Pas de garde-fou possible pour un texte qui instaure un droit de tuer
Depuis la fin des travaux de la commission spéciale de l’Assemblée nationale, beaucoup de commentateurs se sont inquiétés de la suppression de « garde-fous » et de la remise en question d’un « équilibre ». Le texte du projet de loi amendé par les députés en commission est en effet plus permissif que sa version initiale : création d’un délit d’entrave, euthanasie des personnes ayant perdu conscience de manière irréversible via leurs directives anticipées, suppression de la notion de pronostic vital engagé « à court ou moyen terme », possibilité d’écourter le délai de réflexion de deux jours.
Mais loin d’en détruire l’équilibre, cette évolution révèle au contraire la véritable logique du projet de loi qui supprime l’interdit de tuer, seul garde-fou valable. Transgresser ce repère protecteur fondamental signifie par essence supprimer le principe (le respect de la vie humaine) et la limite (l’interdit de tuer).
“Tuer, même peu, c’est déjà trop” affirmait Jean-Marie Le Méné lors de son audition par la commission spéciale. La destruction des limites est donc l’objet propre de ce projet de loi.
Les personnes vulnérables et porteuses de handicap, premières menacées
Vu l’amendement de ce projet de loi, qui aura davantage ouvert l’accès à la mort provoquée en cinq jours que ne l’ont fait en vingt ans les pays les plus permissifs, qui peut encore croire que les personnes porteuses de handicap resteront à l’abri de ce dispositif ? La commission a d’ailleurs rejeté un amendement proscrivant le recours à l’aide à mourir pour toute personne atteinte de handicap. Aux Pays-Bas, des personnes sont euthanasiées au simple motif de leur déficience intellectuelle ou de leur trouble du spectre autistique.
En se permettant de légiférer sur ce qui est valable d’être vécu et ce qui ne l’est pas, en laissant entendre que la vulnérabilité et la souffrance rendraient indignes, le projet de loi stigmatise violemment les personnes porteuses de handicap. Il envoie un insultant message d’indifférence envers ceux à qui l’on désigne la porte de sortie, sans retenue et à peu de frais.
Enfin politiquement, nous sommes dans un cas jamais vu d’un texte dit sociétal qui arrive en première lecture en ayant déjà totalement échappé à l’exécutif. S’agit-il d’un calcul cynique pour paraître modéré en freinant ces évolutions ou l’exécutif se réserve-t-il le droit de bloquer un texte qui continuerait de franchir certaines lignes au sortir des débats parlementaires ? L’issue de cette première lecture nous le dira.
Si vous ne l’avez pas encore fait, interpellez votre député pour cette 1ère lecture. Il est essentiel qu’ils sachent que les citoyens ne veulent pas de cette « aide à mourir » qui tue les autres et la société. Il est essentiel d’encourager ceux qui vont se battre courageusement contre cette mesure suicidaire.
L’équipe Tout mais pas Ça ! de la fondation Jérôme Lejeune
Une concertation sur le projet de « congé de naissance » annoncé par le président de la République aura lieu ce mercredi 15 mai. Le congé parental jusqu’aux 3 ans de l’enfant va être supprimé et remplacé par un congé de 3 mois, le « congé de naissance », mieux rémunéré (50% du salaire, plafonnés à 1900€) pour chaque parent. Il vise à relancer la natalité et à ne pas trop éloigner les femmes du marché du travail.
Le congé de naissance, cumulé avec les congés maternité et paternité, permettrait aux familles de garder leur enfant jusqu’à ses 9 mois. Il oblige néanmoins à trouver un mode de garde pour au plus tard les 9 mois de l’enfant, sans alternative possible.
En 2021, 56%i des enfants de moins de 3 ans étaient gardés en partie ou tout le temps par leurs parents. Comment imaginer qu’il serait possible de disposer d’un mode de garde pour tous les enfants de 9 mois à 3 ans alors que les possibilités d’accueil par les Etablissements d’Accueil des Jeunes Enfants (il manque 200 000 places de crèche) ou par les assistantes maternelles (dont 40% vont prendre leur retraite d’ici 2030) sont déjà totalement insuffisants ?
Les parents auront le choix entre quitter le marché du travail pour s’occuper de leur enfant, ce que font le plus souvent les femmes qui ont un salaire moindre, ou différer une naissance. Autrement dit, les deux objectifs de permettre le retour des femmes à l’emploi et d’opérer un réarmement démographique ne pourront être atteints. Pire, cette mesure va contribuer à aggraver la natalité et à éloigner les femmes de l’emploi !
En revanche, les économies seront substantielles pour la branche famille de la sécurité sociale. (Voir le tableau ci-dessous). En raison de la baisse de la natalité, cette branche est déjà largement bénéficiaire. Il est incompréhensible que ses excédents ne bénéficient pas aux familles mais que celles-ci soient encore plus mises à contribution.
Rappelons que les AFC demandent :
La liberté pour les familles de répartir les congés entre le père et la mère.
Un congé court et mieux rémunéré à 75% du salaire
ET un congé long jusqu’aux 3 ans de l’enfant indemnisé à hauteur de 1100€/mois.
Pascale Morinière sur RCF : « Il y a 4 raisons qui nécessitent de soutenir la natalité : d’abord le désir des jeunes familles d’accueillir davantage d’enfants ; ensuite notre dynamisme économique : la croissance démographique appelle à investir ; mais aussi notre système social fondé sur la solidarité entre les générations ; enfin, notre santé morale, notre capacité à nous projeter collectivement vers l’avenir avec optimisme. » Pour toutes ces raisons, la politique familiale est un investissement essentiel !
Prérogative nationale, la politique familiale doit néanmoins faire partie des préoccupations de chaque échelon au sein de l’Europe. Vice-présidente de la Commission européenne, chargée de la démocratie et de la démographie, Dubravka Šuica, développe pour les AFC sa vision d’une politique familiale qui relève les défis de l’époque.
Dubravka Šuica est vice-présidente de la Commission européenne, chargée de la démocratie et de la démographie. Née le 20 mai 1957 à Dubrovnik, (Croatie), elle a été maire de Dubrovnik, députée au Parlement croate et députée européenne.
Vous plaidez pour que les familles soient accompagnées pour avoir le nombre d’enfants qu’elles désirent. Pourquoi ?
D.S. : En Europe, nous sommes confrontés à de nombreux défis démographiques comme le vieillissement de la population et la baisse des taux de natalité, qui ont un impact significatif sur nos économies et nos systèmes sociaux. Soutenir l’environnement familial contribue à encourager une croissance démographique saine, garantissant ainsi une main-d’œuvre dynamique et productive pour l’avenir. Il s’agit également d’une question d’égalité des genres. Trop de femmes se retrouvent exclues du marché du travail car elles doivent s’occuper soit de leurs enfants, soit de leurs parents. Nous devons également veiller à ce que des structures d’aides adaptées soient mises en place pour aider les femmes à intégrer le marché du travail sans avoir à choisir entre leur vie personnelle et professionnelle. L’accompagnement des familles est donc d’une importance fondamentale. Nous devons également reconnaître que les tendances démographiques jouent un rôle crucial dans la configuration du tissu social, économique et culturel de nos sociétés. Veiller à ce que toutes les familles puissent accueillir le nombre d’enfants qu’elles souhaitent, sans obstacles, n’est pas seulement une question de liberté individuelle, c’est aussi crucial pour le bien-être et la durabilité de nos communautés.
A tous les niveaux de gouvernance, notre société doit fournir un soutien adéquat à toutes les familles. J’entends par là des mesures visant à garantir un équilibre entre travail et vie personnelle, des services de garde abordables, des politiques de congé parental et des soins de santé accessibles, et à autonomiser les individus pour qu’ils prennent des décisions éclairées sur leur planification familiale, favorisant ainsi une société démographiquement équilibrée et socialement résiliente.
Quelle est la compétence de l’Union Européenne pour promouvoir ou mettre en œuvre des mesures de politique familiale, et quelles sont les prérogatives des États ou des échelons plus locaux sur cette question ?
D.S. : A strictement parler, la politique familiale relève de la compétence des États membres et l’Union européenne n’a pas de rôle direct dans ce domaine. Les politiques en matière de garde d’enfants, de congé parental et de soutien aux familles font partie de la politique sociale des États membres. Cependant, la Commission a un rôle à jouer, notamment par la coordination, l’échange des meilleures pratiques et la mise en œuvre de politiques plus larges ayant un impact sur les aspects sociaux et économiques pertinents pour les familles. Par exemple, le Socle européen des droits sociaux énonce des principes liés à l’égalité des chances, à l’accès au marché du travail et à l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, qui peuvent avoir des implications pour les politiques familiales des États membres. Le Garantie européenne pour l’enfance vise à fournir aux enfants dans le besoin, et donc à leurs familles, un accès à des services de garde abordables, à l’éducation et aux services de santé, un repas chaud à l’école, etc.
Il n’y a pas de solution universelle, et les contextes sociaux, culturels et économiques de chaque endroit doivent être pris en compte lors de l’élaboration des politiques familiales. Cela permet la flexibilité et la réactivité quant aux besoins spécifiques des personnes dans leurs communautés. Les autorités locales et régionales ont un rôle crucial car elles ont souvent des responsabilités dans des domaines tels que l’éducation, les services sociaux et de santé, qui ont un impact direct sur les familles. L’une des préoccupations majeures est le fait que de nombreuses petites communautés, en particulier dans les zones rurales, connaissent un appauvrissement de ces services, ce qui contribue à un cercle vicieux de fuite des cerveaux et de mécontentement, puisque les jeunes, y compris les familles, s’en vont à la recherche de meilleures opportunités. C’est également un domaine où l’Union européenne peut jouer un rôle, comme nous l’avons fait en présentant notre initiative Valoriser les talents dans les régions européennes, qui aborde ces questions.
Pour les AFC, la politique familiale doit servir d’une part à faciliter la vie des familles, et d’autre part à compenser les charges que n’ont pas ceux qui n’ont pas d’enfants. Quelle est votre vision de la politique familiale ?
D.S. : Comme je l’ai dit, la politique familiale relève de la compétence des États membres et non de celle de la Commission européenne, il n’y a pas de solution universelle et nous devons nous adapter aux besoins locaux. Cela ne signifie pas que nous ne sommes pas en mesure de promouvoir des politiques qui apportent une contribution à cet égard. C’est pourquoi, au niveau de l’Union européenne, nous promouvons l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, l’égalité des genres et l’inclusion sociale dans le but de contribuer à la cohésion sociale et au développement économique, en nous appuyant sur les valeurs et les principes sur lesquels est fondée l’Union européenne.
Selon un rapport de l’IGAS “l’intérêt de la prise en charge à l’extérieur du domicile parental pour les enfants de moins de 1 an est très contesté : l’accueil hors du domicile des parents, s’il intervient à un trop jeune âge, pourrait avoir des conséquences défavorables pour l’enfant”. Par ailleurs, la dernière enquête CNAF sur les modes d’accueil indique qu’une large proportion des parents juge qu’il est plus adapté de rester auprès de leur enfant pendant sa première année de vie. Comment l’Europe peut-elle aider les familles à avoir des modes de gardes plus adaptés à ces constats ?
Bien sûr, nous reconnaissons l’importance de fournir des options de garde d’enfants qui correspondent aux besoins de développement des enfants et aux préférences des familles. L’Union européenne peut jouer un rôle important dans le soutien aux États membres pour améliorer la qualité et l’accessibilité des options d’éducation et de garde des jeunes enfants. Dans le cadre de la stratégie européenne en matière de soins, le Conseil de l’Europe a émis une recommandation axée sur l’éducation et la garde des jeunes enfants, s’appuyant sur les objectifs de Barcelone établis en 2002. Nous avons fourni un cadre complet pour que les États membres améliorent leurs services. Cette recommandation fixe des objectifs spécifiques de participation pour les enfants de moins de trois ans et ceux âgés de trois ans jusqu’à l’âge de l’enseignement primaire obligatoire. Elle vise une participation d’au moins 45% pour les enfants de moins de trois ans. Elle ne demande pas que les enfants de moins d’un an soient gardés et encourage les États membres à améliorer les conditions d’accueil pour tous les enfants. L’accent mis sur des conditions d’accueil accessibles et abordables est essentiel, car il encourage les États membres à limiter les dépenses directes des parents et à développer des solutions pour ceux qui ont des horaires de travail atypiques. Non seulement, cette approche soutient les parents dans une meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie familiale, mais elle respecte également leurs préférences.
Quels freins avez-vous rencontrés dans votre volonté d’accompagner les familles pendant votre mandat ?
D.S. : C’est la première fois qu’un membre du Collège des commissaires de la Commission européenne est chargé de relever les défis démographiques. Nous avons commencé par établir des bases solides, fondées sur des faits et des chiffres à travers deux rapports démographiques, et avons travaillé sur divers aspects du défi démographique global. Avec le Livre vert sur le vieillissement, nous avons ouvert une discussion sur le vieillissement sain et actif ainsi qu’une approche du cycle de vie entier pour vieillir. Nous avons porté une attention particulière au soutien et à l’autonomisation des enfants à travers la Stratégie pour les droits de l’enfant et la Garantie pour l’enfance. Nous avons également soutenu les aidants à travers la Stratégie européenne en matière de soins. Nous avons abordé la dimension géographique des changements démographiques grâce à l’initiative Valoriser les talents et à la Vision à long terme pour les zones rurales, travaillant à garantir que personne ne soit laissé pour compte, où qu’il vive. Enfin, nous avons élaboré une boîte à outils démographique pour aider les États membres à relever les défis démographiques qui leur sont spécifiques. Nous promouvons donc le bien-être des familles de nombreuses manières, mais nous devons en faire davantage. J’ai plaidé en faveur de la création d’une agence ou d’une institution chargée de la démographie au niveau de l’UE. Nous avons besoin de ressources supplémentaires et dédiées pour travailler sur la démographie et nous avons besoin du soutien des États membres pour amplifier ces appels.
Alors que le texte sur la fin de vie arrive en conseil des ministres, des voix s’élèvent contre les risques de dérives eugénistes que représente « l’aide active à mourir ». Lorsqu’on est vulnérable, comment tenir bon si la société nous renvoie à cette image d’être devenu inutiles et coûteux ? dénonce l’essayiste Blanche Streb.
Le projet de loi fin de vie arrive en conseil des ministres dans quelques jours, le 10 avril 2024. Le président de la République en a dévoilé les contours le 10 mars dernier sous une forme d’avant-première théâtralisée, dans cet entretien accordé à La Croix et Libération qui a eu un fort retentissement et ranimé de multiples oppositions. Cette loi a de quoi susciter les plus vives inquiétudes. Le président Emmanuel Macron prétend qu’elle ne prévoit ni euthanasie ni suicide assisté alors même qu’elle instaure les deux, camouflées derrière le doucereux euphémisme d’«aide à mourir » — qui ne nomme pas le réel — et ne devrait tromper personne. Les inquiétudes ne traversent bien sûr pas seulement l’Église, mais les autres confessions, le monde des soignants et bien plus largement, d’éminents penseurs et de personnalités politiques, comme Jean Léonetti, ancien député et auteur des précédentes lois et des personnalités de gauche qui peinent malheureusement à se faire entendre, tant est répandue cette idée trompeuse selon laquelle il s’agirait d’une « loi de progrès »…
Glaçant et indécent
La version du projet de loi qui circule annonce que la préparation magistrale létale, couvrant les frais de réalisation et de délivrance, serait remboursée par la Sécurité sociale. Une « loi de fraternité« , comme l’a désignée sans sourciller le président de la République… Cela fait froid dans le dos. Par ailleurs, ces jours-ci, alors même que sont révélés les derniers chiffres attestant de l’explosion continue de la dette et des dérapages historiques des finances de la France, le gouvernement annonce mettre sur la table de nouvelles coupes budgétaires dans le domaine de la santé. Il a notamment émis la possibilité de réduire le remboursement des affections de longue durée (ALD), dont font partie le diabète, la paraplégie, la sclérose en plaques, l’asthme, le VIH, les cancers, Alzheimer… La piqûre létale, elle, serait remboursée ! Cette simple idée est totalement glaçante. Ajoutons à cela le constat préoccupant mais révélateur qu’une mutuelle comme la MGEN réalise un véritable lobbying, notamment auprès des députés. Arguant parler « au nom de ses adhérents », elle leur a envoyé fin janvier une lettre pour les convaincre de la nécessité « d’une évolution de la loi qui permette une fin de vie libre et choisie ». Il y a là quelque chose d’indécent.
Lorsqu’on est vulnérable, comment tenir bon si la société et ses lois nous renvoient à cette image d’être devenu inutiles et coûteux ?
Lorsqu’on est vulnérable, par sa santé qui défaille, sa solitude qui isole ou sa précarité qui tenaille, comment tenir bon si la société et ses lois nous renvoient à cette image d’être devenu inutiles et coûteux ? C’est ce qui se passe à l’étranger, comme au Canada, où « l’aide médicale à mourir » est dépénalisée. Les histoires décrivant un système qui en vient à encourager les personnes vulnérables à demander la « mort médicale » ne sont plus rares. La presse fait désormais état de Canadiens qui, poussés par la pauvreté et le manque d’accès à des soins de santé, à un logement et à des services sociaux adéquats, se sont tournés vers ce système d’euthanasie. Comment ne pas comprendre, avec ces douloureux exemples-à-ne-pas-suivre, à quel point ces lois créent de véritables ruptures dans la fraternité ?
La peur de devenir un poids pour la société
L’interdit de tuer est gravé dans le marbre de la déontologie médicale depuis 2500 ans, il l’est aussi, il faut y croire, dans la loi morale inscrite dans le cœur de l’homme. « Tu ne tueras point. » Prendre soin des personnes vulnérables, des malades et des mourants est sans doute le critère ultime de notre humanisation. L’urgence absolue est le développement des soins palliatifs, et de tout ce qui permet de soulager la souffrance pour permettre à chacun de vivre une fin de vie la mieux accompagnée possible, sans jamais l’interrompre par un geste létal. Les risques de régression que font courir à notre société la vaporisation de l’interdit fondateur de donner la mort sont inouïs. C’est tout le regard sur notre humanité qui s’en trouvera chamboulé.
Il est évident que la peur de devenir un poids pour son entourage grandira à mesure que le regard collectif sur la fragilité se brouillera ou se détournera, à cause de l’existence même d’une telle loi. « Comment s’assurer que des personnes malades, handicapées et marginalisées, lasses de se battre contre une société qui ne fait rien pour les soutenir, ne seront pas orientées vers ce dispositif qui leur présente la mort comme “solution” ? », alerte l’avocate et militante féministe Elisa Rojas, elle-même porteuse de handicap, dans un entretien accordé cette semaine à Politis.
Les risques de dérives eugénistes
Partout dans le monde où l’euthanasie et/ou le suicide assisté ont été légalisés, les conditions fixées au départ finissement par dériver. Et très vite. « En tant que personnes handicapées, nous savons que notre mort est toujours considérée comme “libératrice” par cette société qui nous considère comme des fardeaux. Les risques de dérives eugénistes que représente l’aide active à mourir ne sont pas hypothétiques. Il existe des précédents historiques, comme des exemples à l’étranger, qui n’ont rien de rassurant. Avant de se précipiter pour faciliter l’accès à la mort des personnes malades et/ou handicapées sous couvert d’humanisme, peut-être faudrait-il d’abord s’assurer qu’elles puissent vivre dans de bonnes conditions », conclut la jeune femme. Un appel à entendre, avant qu’il ne soit trop tard.