Aujourd’hui, mardi 30 juin 2026, au terme d’un examen sous tension, prolongé durant le week-end, les députés ont approuvé le texte de la proposition de Loi relative à l’aide à mourir, avec une courte majorité de 295 voix pour et 232 voix contre qui révèle une prise de conscience et une opposition croissantes au sein de la représentation nationale.
Votée ce jour par 52,49 % des députés elle l’avait été par 53, 2% d’entre eux en deuxième lecture et 54,4% en première lecture.
Les AFC rappellent que cette proposition est inhumaine car elle contrevient frontalement aux principes de solidarité et de fraternité qui fondent notre société. Elle renverse les valeurs qui ont présidé au fondement de la Sécurité sociale qui instituait le « tous pour chacun » en le remplaçant par le « chacun pour soi ».
La famille, cellule vitale de la société, serait frappée de plein fouet par de multiples drames qui viendraient encore ajouter discordes et oppositions intimes dans une société déjà très divisée.
Des débats houleux et non respectueux, ont modifié le texte issu de la commission des affaires sociales pour aboutir à un texte aux multiples failles :
Aucune clause de conscience n’a été prévue pour les pharmaciens qui fourniront le produit létal.
La clause de conscience des médecins est dénaturée par une obligation d’orientation vers un autre praticien
Aucune clause d’établissement n’est stipulée ; des établissements confessionnels alertent sur un risque de fermeture
Le délai de réflexion avant le suicide assisté n’a pas été allongé, malgré les enjeux irréversibles d’une telle décision. C’est le plus court au monde (2 jours) (à titre de comparaison : Belgique 1 mois- Canada 3 mois)
Le sixième critère — garantir l’accès aux soins palliatifs avant tout accès au suicide assisté — a été refusé alors même qu’il était proposé par un député favorable à cette loi.
Les amendements visant à renforcer les modalités de confirmation ou de rétractation du patient ont été rejetés. Parmi eux, une proposition permettant au patient d’exprimer sa rétractation auprès des soignants qui l’accompagnent au quotidien, et non exclusivement auprès du professionnel chargé de la procédure.
Le recours à un psychiatre avant l’engagement d’une procédure d’euthanasie ou de suicide assisté a été refusé.
Enfin, les majeurs protégés ne bénéficient d’aucune protection spécifique suffisante : l’accord du juge n’est pas requis.
Les AFC appellent les Sénateurs à insérer une clause d’établissement dans le texte de la proposition de loi, et demandent aux députés à qui il reviendrait de voter une dernière fois ce texte, de rejeter une loi qui bafouerait les Droits de l’Homme.
Les AFC ont réalisé un sondage auprès de l’institut OpinionWay : « Les Français et les ruptures de couples ». Découvrez les résultats et l’analyse de cette enquête.
Histoire d’un échec… qui pourrait parfois être évité
Les Français et les ruptures de couple, une étude Opinionway pour les AFC, a interrogé 1013 personnes âgées de 30 à 49 ans qui ont toutes vécu une séparation au cours des 10 années précédentes. Cette enquête a été réalisée du 13 au 20 mai 2026, pour comprendre les causes et les conséquences des ruptures de couples.
Une séparation conjugale, même si elle vient mettre fin à une situation sans issue, parfois même toxique pour les partenaires, est toujours perçue comme un échec. En témoigne la faible proportion des sondés (49%) qui estime que « les séparations règlent les problèmes de couple ».
L’expression populaire « refaire sa vie » véhicule un leurre : nul ne peut effacer ce qui a été. Les conflits peuvent persister longtemps, les blessures peinent à se refermer et l’amertume teinte le regard porté sur cette non-réussite.
Les couples se forment-ils trop rapidement ? Prennent-ils le temps nécessaire pour se connaître et partager un projet de vie commun ? La communication dans le couple ressort comme un vecteur de difficulté majeur, qui peut amener à la séparation, parfois en ayant donné lieu à des confrontations, voire des violences.
Si le couple fait partie de l’intimité de chacun, les sondés sont pourtant près des ¾ à évoquer leurs difficultés de couples à leur entourage. Les Français sont en revanche plutôt opposés à l’immixtion de l’Etat dans leurs vies, mais sont en bonne partie favorables à un accompagnement, y compris dans les premiers temps de leur vie commune, éventuellement pris en charge par la collectivité.
Cette enquête permet de mieux connaître la dynamique qui a conduit à la fin du couple et d’approcher ce qui aurait éventuellement permis une autre issue.
Décédé le mercredi 20 mai dernier, le père François Potez était intervenu le 19 octobre 2024 pour introduire un nouveau cycle de conférence AFC Jeunes. Retrouvez son intervention en podcast.
A l’occasion de son intervention pour les AFC Jeunes, le Père Potez nous invitait à découvrir ou redécouvrir toute la cohérence de l’anthropologie chrétienne à la lumière de la Sagesse divine qui crée l’Homme à son image et qui pose les fondements des relations entre les hommes et les femmes. Vous trouverez ci-après les grandes lignes de son intervention, à retrouver également en podcast.
« Le thème de l’homme et de la femme m’a toujours passionné, bien avant mon ordination. Dans ma famille, ces questions étaient abordées librement, ce qui était assez rare dans les années 1960-1970. J’ai ensuite approfondi cette réflexion au cours de ma vie professionnelle, puis tout au long de mon sacerdoce, en accompagnant des jeunes, des couples et des familles.
Cette question est immense. Elle a pris une importance particulière dans l’Église grâce à l’enseignement de saint Jean-Paul II, qui a développé une vision profondément renouvelée de l’homme, de la femme et de la sexualité.
La science s’attache à comprendre le « comment » : comment fonctionne le corps, comment se déroule la reproduction, comment évoluent les espèces. La théologie, elle, cherche le « pourquoi » : pourquoi Dieu a créé l’homme et la femme, quel est le sens de leur existence, et quelle est la finalité de la sexualité.
Selon la tradition chrétienne, l’homme est créé à l’image de Dieu. Pendant longtemps, on a réduit cette idée à l’intelligence et à la volonté. C’est vrai, mais insuffisant. L’homme est surtout capable d’entrer dans une relation personnelle d’amour avec Dieu, un « face à face » libre et conscient.
Dieu est amour. Et cet amour, dans la foi chrétienne, se comprend à travers la Trinité : le Père qui donne, le Fils qui reçoit et se donne en retour, et l’Esprit Saint qui est l’amour échangé. L’homme et la femme sont appelés à refléter cet amour.
C’est pourquoi Dieu crée l’humanité homme et femme. L’un ne suffit pas sans l’autre. Ils sont différents, mais complémentaires. Chacun existe pour l’autre, dans une relation de don réciproque.
Le corps humain a un sens profond : il permet d’exprimer l’amour. Les gestes du corps manifestent ce que porte le cœur. Dans l’union conjugale, le don de soi s’exprime pleinement, et il est inséparable de la transmission de la vie.
Ainsi, sexualité, amour et fécondité sont intrinsèquement liés. Les séparer, c’est altérer leur signification profonde.
Le péché consiste précisément en une rupture de cette logique du don : au lieu de se donner, l’homme cherche à prendre, à utiliser l’autre pour lui-même.
Pourtant, la vocation fondamentale de l’être humain demeure le don de soi. C’est dans ce don que la personne s’accomplit.
La conscience joue un rôle essentiel : elle permet de discerner ce qui conduit véritablement à l’amour et au bonheur. Elle est, en quelque sorte, le lieu intérieur où l’homme reconnaît la vérité du bien.
En conclusion, comprendre le sens du corps, de la différence homme-femme et de la sexualité revient à découvrir le projet de Dieu : un projet d’amour, de don réciproque et de vie »
Le Père François Potez, né en 1955, est un prêtre catholique français, ancien officier de la Marine nationale. Il a été ordonné prêtre en 1989 et a exercé dans plusieurs paroisses, notamment Notre-Dame-du-Travail et Saint-Philippe-du-Roule. Son ministère a été marqué par une forte préoccupation pour l’éducation des jeunes et la préparation au mariage. Il a également collaboré à des projets cinématographiques, comme le film « Sacerdoce » et « Sacré-Cœur ». Le Père Potez est décédé le 20 mai 2026, laissant un héritage de foi et d’humanité.
« Un no man’s land social » : c’est ainsi que le comédien Mehdi Djaadi décrit la situation inconfortable à laquelle il s’est senti acculé, avec son épouse Anne. Deux, trois, puis quatre ans après leur mariage, aucun enfant ne naissait de leur amour. « Les gens de votre génération ont eu des enfants, ils se retrouvent entre eux ; ceux qui n’ont pas encore d’enfants sont célibataires. Alors vous n’allez ni boire des coups avec les potes célib, ni au parc avec ceux qui ont des enfants. Vous restez là, au milieu de tout ça, avec vos larmes, que vous versez abondamment »…
Course d’obstacles médicale
De cette infertilité, avec ses lourdeurs, sa course d’obstacles médicale, ses cas de conscience « crucifiants », mais aussi son chemin spirituel et ses réflexions sur le désir d’enfant, est né Couleur Framboise, un spectacle qu’il joue actuellement. Le comédien n’est pas le seul à évoquer la solitude qui étreint les couples qui vivent cette situation. C’est le cas d’Enguerran, 38 ans, marié depuis 10 ans avec Mathilde, alors que tous deux ne voient pas leur désir d’enfants s’exaucer : « Je me souviens, notamment au début de nos difficultés, de ces moments en famille ou entre amis, quand cette question était l’éléphant dans la pièce. La question était dans toutes les têtes, et notre entourage faisait des pas de deux pour discuter avec nous sans risquer d’aborder ce sujet ». De son côté, quand, les cycles passant sans qu’une grossesse ne s’annonce, les époux se sont retrouvés « dans le dur du sujet », Mathilde aussi se sentait seule : « j’étais perdue vis-à-vis de moi-même. Je jonglais avec mes sentiments de colère et de jalousie, et j’avais l’impression que personne ne me comprenait », se rappelle-t-elle. Parfois encore, on peut sentir peser sur soi une étiquette qui suscite la pitié des autres : « je peux être blessée de sentir que je suis dans une case à part », reconnaît Marie, qui, si elle a la joie d’être la maman d’un garçon de 12 ans, souffre des nombreuses fausses couches qu’elle a subies depuis.
Aujourd’hui plus qu’il y a dix ans, de nombreuses propositions ont vu le jour, dans la société comme dans l’Eglise, remarquent Mathilde et Enguerran. Il faut dire que l’infertilité, qu’elle soit primaire – quand le couple n’a jamais eu de grossesse à terme – ou secondaire – quand le couple a déjà un ou plusieurs enfants – est devenue une vraie question de société. Diagnostiquée, selon la définition de l’OMS, quand un couple a essayé de concevoir un enfant pendant un à deux ans, et qu’aucune grossesse n’a pu arriver à terme, elle concerne un couple désireux de mettre au monde un enfant sur quatre en France. Et les couples qui en souffrent ont besoin de sollicitude : « Personne ne vit cette situation légèrement, affirme Miette Pierson, pharmacien de formation, et formatrice en Naptotechnologie (voir encadré). Toutes les dimensions de la vie s’en trouvent perturbées : la vie sexuelle, mais aussi la vie familiale et sociale, et même professionnelle, quand il faut prévoir de nombreux examens à des intervalles précis, parfois au dernier moment ». Au-delà du quotidien, l’infertilité place les conjoints face à des questions existentielles : « devant ce projet qui n’aboutit pas, la question du sens de leur vie se trouve profondément remise en question ». Le sujet est d’autant plus difficile que, à une époque où l’on aime maîtriser le cours de sa vie et obtenir des réponses rapides, « ils sont confrontés à une attente et une incertitude qu’ils peuvent très mal vivre », remarque la spécialiste.
Besoin de sollicitude
Alors comment se rendre présent auprès d’un couple en souffrance, quand on est un parent, un frère, une soeur, un ami, un collègue ? L’entourage se trouve souvent démuni, ne sachant pas comment aborder le sujet sans risquer de faux pas : « la question est en effet délicate, reconnait Miette Pierson, d’autant qu’elle renvoie à l’intimité du couple : on a des enfants par une vie sexuelle, alors parler de l’un revient à aborder l’autre ». Pourtant, les premiers concernés disent combien ils ont besoin d’être écoutés : « le silence et la gêne font très mal », affirme Mehdi Djaadi, avant de recommander : « continuez d’inviter chez vous les couples en souffrance, de les inclure. Si elles n’en ont pas envie, les personnes vous le diront tout simplement ». « Parler avec des personnes tierces nous oblige à mettre des mots sur ce que nous vivons, et nous aide à être plus libres par rapport à nous-mêmes », réfléchit Mathilde.
« Nous sentions les personnes délicates autour de nous, et nous nous accrochions à elles, témoigne quant à elle Agathe, 32 ans, aujourd’hui maman d’une petite fille arrivée après huit ans d’un long chemin d’infertilité ». Parmi les personnes ressources, des prêtres et des consacrés de leur entourage : « combien de fois ils nous ont reboostés », se souvient-elle. Une expérience que cite aussi, de son côté, Mehdi Djaadi, « très marqué par l’écoute et la parole de prêtres, qui m’écoutaient et savaient trouver des mots qui me faisaient avancer, sans que je me sente jamais jugé ».
Car certaines paroles ou attitudes sont malvenues : « je crois qu’il faut éviter les conseils », recommande Miette Pierson. « Ils tombent rarement bien, et encore moins quand on a soi-même des enfants ». Dans les milieux catholiques, outre « la forme de pression sociale que l’on peut ressentir dans des cercles où la question de la vie au coeur de la famille est très présente », Mehdi Djaadi a parfois dû faire face des personnes cherchant à « imposer leurs convictions » par « des discours moralisateurs ». Des paroles d’autant plus déplacées que « quand je creusais un peu, je me rendais compte que ceux qui les énonçaient ne connaissaient pas bien le sujet de la PMA. Elles étaient incapables de faire la différence ente une FIV classique, une ICSI ou une IMSI » – différentes formes de fécondation in vitro, ndlr. Il en va de même pour les pistes médicales : « combien avons-nous reçu d’adresses réputées infaillibles, et combien d’espoirs déçus, relit Agathe : il nous a fallu prendre du recul ».
Des questions existentielles
S’il n’y a pas de recette magique pour accompagner ses proches dans la peine, « l’amour est inventif », déclare Miette Pierson. En témoigne cette amie qui a un jour envoyé à Agathe un cadeau alors qu’elle venait elle-même d’accoucher, jugeant que n’avoir ni bébé ni cadeau était une double peine : « c’était audacieux, mais elle m’a fait un plaisir immense », se souvient-elle. Marie, quant à elle, se rappelle cette amie qui a bousculé son emploi du temps et confié ses enfants pour venir attendre avec elle aux urgences le jour où elle faisait une nouvelle fausse couche. Pour ne pas tomber à côté, « je crois qu’il faut prendre le temps d’observer et d’écouter la personne qui souffre, estime-t-elle. Ce qui requiert le courage de se confronter à sa souffrance ». C’est ainsi que l’on peut saisir les perches tendues, ou déceler tel ou tel besoin à travers des attitudes. Car ceux-ci varient d’une personne à l’autre et d’une période à l’autre : quand certains redoutent la vue d’un enfant, « j’ai aimé que ma belle-sœur me confie son bébé à câliner », affirme Marie. De même, elle préfère recevoir une annonce de grossesse par oral, quand d’autres, comme Mathilde ou Agathe, préviennent leurs proches de préférer un message écrit pour prendre le temps de digérer leur peine avant de revenir vers eux quand ils se sentent en mesure de se réjouir. Quoiqu’il en soit, « l’attitude du cœur d’une personne qui a vraiment envie d’aider se reconnaît, et fait passer beaucoup de maladresses ».
Au cœur du parcours rocailleux de l’infertilité, les couples que nous avons sollicités témoignent malgré tout des grâces qu’ils ont reçues : « Dans l’épreuve, nous avons fait alliance, attestent Mathilde et Enguerran : mystérieusement, nous n’avons jamais été au fond du trou au même moment, l’un pouvant aider l’autre ». Marie, elle, a pris le parti de composer avec sa souffrance : « à chaque moment triste, tout en accueillant ma peine, j’essaie d’associer une joie que j’ai », déclare-t-elle. « L’épreuve m’a aussi ouvert le cœur en me donnant conscience de la souffrance des autres ». Quant à Medhi Djaadi, le pèlerinage de Vézelay à Assise, entrepris avec son épouse, a été une grande étape de son cheminement « la marche a été l’occasion d’une vraie conversion, intérieure et écologique, qui nous a permis de faire un pas de côté par rapport à une vie « qui ne tournait plus qu’autour de ça ». Désormais maman, Agathe, elle, s’efforce de continuer à faire du lien autour d’elle : « J’ai été tellement consolée que je ne suis pas sûre de pouvoir rendre ce que j’ai reçu… ».
Sophie le Pivain
Zoom : la naprotechnologie au service de la fertilité naturelle
Née aux Etats-Unis, la naprotechnologie s’est implantée en France en 2010. Abréviation des termes Natural Procreative Technology, elle s’adresse aux couples qui rencontrent des difficultés dans leur fertilité, et se donne pour mission de « faire un diagnostic en recherchant les causes de l’infertilité aussi bien masculine que féminine, puis de prendre en charge le couple afin de favoriser une conception naturelle. » De nombreux couples ne souhaitant pas s’engager dans la voie de la procréation médicale ment assistée (PMA) y ont recours.
Cette technique a été mise au point par le docteur Thomas Hilgers, qui avait déjà conçu Fertility Care, une méthode d’observation des cycles à travers l’observation de la glaire cervicale, en vue d’une régularisa tion naturelle des naissances. La « napro » se fonde sur cette connaissance précise du cycle féminin et sur celle de la fertilité masculine, pour établir un diagnostic.
Cette phase est complétée par un suivi médical classique, avec des examens (prises de sang, bilans hormonaux, échographies, spermogrammes, etc.), des consignes hygiéno-diététiques (régime pauvre en sucres par exemple) et des traitements médicamenteux, voire chirurgicaux. Elle affiche un taux de réussite de 35 %
En côtoyant la différence dès leur plus jeune âge, et avec beaucoup de naturel, les frères et sœurs d’enfants porteurs de handicaps ont beaucoup à apprendre à notre société en matière d’inclusion.
Aujourd’hui, on parle beaucoup de l’inclusion des personnes porteuses de handicaps, cela est positif. Parfois pourtant, cette inclusion semble contenir implicitement l’injonction à être « comme les autres ». Alors, penchons-nous sur cette « inclusion naturelle » pratiquée dans les fratries, pour voir comment elle s’y vit.
Tant que les enfants sont assez jeunes, tout se fait de manière très naturelle. Parler de handicap est incongru. Avec l’âge et les regards extérieurs, la prise de conscience vient peu à peu. Les écarts se creusent quand le plus petit « passe devant », et acquiert des compétences que n’a pas son aîné. Ce sont des moments qui paraissent douloureux, mais qui permettent à chacun d’avancer dans l’acceptation du handicap, de grandir. Cela requiert d’en parler librement et aussi souvent que possible.
La famille est une bonne école pour apprendre à vivre ensemble et à prendre soin les uns des autres. Le handicap agit comme booster. Il crée une solidarité particulière au sein de la fratrie et dans la relation avec les parents. Les enfants voient leurs parents souffrir et se réjouir, ils les voient démunis, ils les voient se battre pour relever ce défi éducatif particulier et constatent qu’ils ne savent pas toujours s’ils font les bons choix. Par la vie avec le handicap, accepter, aimer l’autre dans sa différence leur est bien souvent plus naturel.
Pour autant, ils souffrent par moment de la différence de traitement qui peut être perçue comme une injustice ou une inégalité. Car le handicap prend parfois beaucoup de place et de l’attention des parents.
À l’extérieur, par contre, les enfants qui vivent avec un frère ou une sœur différents sont les premiers à s’indigner du moindre regard ou de la moindre parole d’exclusion ou de jugement sur le handicap.
En somme, l’inclusion d’un enfant porteur de handicaps dans une fratrie ne se décrète pas : elle se vit, au jour le jour, dans la richesse des liens, les ajustements constants et les émotions partagées. Elle n’est ni parfaite ni facile, mais elle simplement humaine. Elle façonne les frères et sœurs, les rend souvent plus attentifs à l’autre, plus tolérants, plus conscients des fragilités de chacun. À condition de leur offrir un espace pour s’exprimer, de reconnaître leurs besoins spécifiques, et de leur dire qu’ils comptent tout autant, cette expérience peut être fondatrice. Car vivre avec la différence au cœur même de sa famille, c’est peut-être apprendre très tôt à aimer sans condition et en inclusion.
Claire Gilles
Les « Chantiers atypiques »
Anciennement appelés « Chantiers zèbres », il en en existe dans de nombreuses régions. Les Chantiers atypiques accueillent des parents dont les enfants sont HPI ou TDAH principalement. Ces parents éprouvent le besoin de se retrouver pour échanger sur leurs enfants qui ont un fonctionnement atypique.