DENOMINATION « VIANDE VEGETALE », RIEN NE VOUS CHOQUE ?

La demande des consommateurs pour des substituts végétaux à la viande s’est accrue ces dernières années. « Saucisses », « jambons » ou encore « steaks », composés de soja (tofu, tempeh), de seitan (protéines de blé) et de légumes secs (pois, lentilles, haricots secs) sont proposés pour satisfaire cette tendance. Ces produits cherchent à imiter les caractéristiques organoleptiques de la viande (aspect, goût, texture).

Les considérant comme du plagiat, l’interprofession de la viande et du bétail estime que ces offres, utilisant des dénominations relatives aux offres carnées, sont susceptibles de créer de la confusion. Elle demande aux pouvoirs publics de légiférer pour empêcher l’utilisation du lexique boucher et charcutier pour des produits ne comportant pas de viande.

Etat du droit

En France, plusieurs décrets successifs ont cherché à établir une liste de dénominations réservées aux produits animaliers, interdisant leur utilisation aux produits à base de protéines végétales. Mais ces décrets se sont heurtés aux dispositions de l’étiquetage des denrées alimentaires, qui est régi par le droit de l’Union européenne (UE) depuis le début des années 1990. En effet, au sein de l’UE, la dénomination des produits végétaux par des termes traditionnellement réservés à la viande animale est autorisée, sauf pour les équivalents végétaux de produits à base de lait animal (yaourt, fromage, etc.).

Saisie d’une question préjudicielle, la Cour de justice de l’Union européenne a d’ailleurs confirmé, le 4 octobre 2024, que la France n’avait pas le droit d’interdire aux fabricants d’alternatives végétales à la viande d’utiliser ces termes. Elle estime en effet qu’« Un État membre ne saurait empêcher, par une interdiction générale et abstraite, les producteurs de denrées alimentaires à base de protéines végétales » d’utiliser des « noms usuels ou (des) noms descriptifs ».

La cour souligne cependant que, si l’interdiction de « noms usuels » est prohibée, il appartient aux États d’adopter, le cas échéant, une définition légale spécifique à une denrée. Ainsi, les « viandes hachées » font l’objet de règles très précises (a minima 99 % de viande et moins de 1 % de sel), de même que les produits laitiers.

Il ne pourrait donc y avoir de réponse à la revendication de l’interprofession de la viande qu’au niveau européen, ou par le biais de la définition légale de produits carnés par le législateur français.

La position des AFC : un choix libre et éclairé des consommateurs

En tant qu’association nationale de consommateurs agréée, la CNAFC estime ne pas avoir à effectuer la promotion de l’alimentation carnée ou végétale, ni à prendre position en faveur de l’une d’elles au détriment de l’autre. Les familles doivent demeurer libres de leur choix alimentaire, s’effectuant dans un environnement transparent, de manière à réaliser des arbitrages libres et éclairés quant à leur consommation.

Concernant la notion de transparence primordiale, la CNAFC rappelle la nécessité d’établir une distinction claire entre les offres carnées et végétales. Elle considère que l’utilisation du lexique des bouchers et charcutiers, accolé au terme « végétal » pour nommer les substituts végétaux à la viande, est susceptible de créer de la confusion avec les produits alimentaires carnés.

La CNAFC déplore ainsi que les consommateurs doivent faire preuve d’une vigilance accrue devant une pratique commerciale susceptible de les induire en erreur sur la nature du produit, les substituts végétaux de viande étant de surcroît vendus à un prix souvent plus élevé que les produits carnés.

Elle souligne, par ailleurs, qu’en gommant un antagonisme évident entre deux termes, l’utilisation de l’appellation « viande végétale » ait vocation à valoriser l’adjectif « végétal », laissant penser aux consommateurs que les substituts végétaux à la viande seraient égaux, voire supérieurs, aux carnés à tous égards (écologique, nutritionnel et gustatif).

Enfin, il est important de préserver le sens des mots afin d’éviter les dérives linguistiques. La CNAFC encourage ainsi le législateur à adopter des dénominations légales spécifiques aux denrées carnées, applicables aux produits commercialisés en France.

Annexe – Réflexion de la CNAFC

Dénomination : « viande végétale », rien ne vous choque ?

ARTICLE CNAFC : CONSOMMER UNE RESPONSABILITE MORALE.

Acte quotidien pour les familles, la consommation implique une responsabilité morale. L’éclairage de la Doctrine Sociale de l’Eglise.

Ce qu’en dit la Doctrine sociale de l’Eglise

Certes, le diagnostic est sombre : « Étant donné que le marché tend à créer un mécanisme consumériste compulsif pour placer ses produits, les personnes finissent par être submergées, dans une spirale d’achats et de dépenses inutiles », écrit François dans Laudato Si’ (§203-206). Pour le pape, l’être humain, pris dans l’engrenage du « paradigme techno-économique » moderne, court le risque de perdre son discernement et son libre arbitre. Le pape fustige encore « l’égoïsme collectif » et la perte de sens de notre société : « plus le cœur de la personne est vide, plus elle a besoin d’objets à acheter, à posséder et à consommer. » Heureusement, l’encyclique se veut aussi pleine d’espérance : « Les êtres humains, capables de se dégrader à l’extrême, peuvent aussi se surmonter, opter de nouveau pour le bien et se régénérer, au-delà de tous les conditionnements mentaux et sociaux qu’on leur impose. Ils sont capables de se regarder eux-mêmes avec honnêteté, de révéler au grand jour leur propre dégoût et d’initier de nouveaux chemins vers la vraie liberté. »

Une telle attitude vertueuse peut avoir des conséquences sur toute la société, car les consommateurs et leurs associations sont dotés d’« un nouveau pouvoir politique » du fait de « l’interconnexion mondiale », affirme Benoît XVI dans Caritas in Veritate (§66). Il appelle à ce qu’ils soient « éduqués en permanence sur le rôle qu’ils jouent chaque jour ». Le pape François abonde en ce sens dans Laudato Si’ : « Un changement dans les styles de vie pourrait réussir à exercer une pression saine sur ceux qui détiennent le pouvoir politique, économique et social. C’est ce qui arrive quand les mouvements de consommateurs obtiennent qu’on n’achète plus certains produits, et deviennent ainsi efficaces pour modifier le comportement des entreprises, en les forçant à considérer l’impact environnemental et les modèles de production. »

Concrètement, Benoît XVI invite les consommateurs à « ouvrir d’autres voies, comme des formes de coopération à l’achat, telles que les coopératives de consommation, créées à partir du XIXème siècle grâce notamment à l’initiative des catholiques. » Ou encore à « favoriser de nouvelles formes de  commercialisation des produits en provenance des régions pauvres de la planète afin d’assurer aux producteurs une rétribution décente » en veillant à ce « que les producteurs ne reçoivent pas seulement des marges bénéficiaires supérieures mais aussi une meilleure formation, une compétence professionnelle et technologique et qu’enfin des idéologies partisanes ne soient pas associées à de telles expériences d’économie pour le développement ».

Par ailleurs, « les graves problèmes écologiques » de notre époque « requièrent un changement effectif de mentalité » lit-on dans le Compendium de la Doctrine sociale de l’Église (§486), qui invite à faire de « la recherche du vrai, du beau et du bon » les critères de consommation, d’épargne et d’investissement. Cependant, « la question écologique ne doit pas être affrontée seulement en raison des perspectives effrayantes que laisse entrevoir la dégradation environnementale ; elle doit surtout constituer une forte motivation pour une solidarité authentique de dimension mondiale. »

Le billet spirituel du Père Machenaud

Les occasions de fête autour d’un repas sont nombreuses dans la Bible. Elles disent de différentes manières la relation de Dieu à son peuple. À la manière orientale, le repas y est d’abord signe d’hospitalité et de réjouissance : Abraham le prépare pour son seigneur au chêne de mambré (Gen. 18, 7-8) ; Ragouël accueille Tobias et son compagnon de route pour le dîner (Tobie, 7) – nous verrons par la suite que ce dîner annonce un projet de mariage avec la fille de Ragouël et que ce dernier accepte de donner sa fille à Tobias. Ou encore le père du fils prodigue, tuant le veau gras (Luc, 15, 11-32). Le repas est souvent le lieu privilégié pour sceller un contrat, jusqu’à l’Alliance de dieu avec son peuple, comme la viande rôtie au feu et les pains sans levain que le peuple hébreu est invité à manger en prévision de la sortie d’Égypte et de l’esclavage pour aller en Terre promise. Enfin, les repas auxquels prend part Jésus le Christ, chez Marthe et Marie ou chez le pharisien Simon, nous montrent la proximité de Jésus-Christ avec ses contemporains et témoignent des bienfaits de dieu pour ceux qui l’accueillent. Ce lieu, ce repas, cette proximité, Jésus désire les vivre tout particulièrement. Jusqu’au dernier, la Cène, avant-goût du grand festin que nous serons amenés à partager à la fin des temps.

Le père Pierre Machenaud, prêtre et conseiller ecclésiastique de la CNAFC.

POURQUOI LA NATALITE EST-ELLE EN BERNE ? L’ANALYSE DE PASCALE MORINIERE.

LA TRIBUNE DE PASCALE MORINIERE – L’INSEE publie aujourd’hui le bilan démographique de l’année 2024. La natalité a encore chuté, ce dont la présidente des Associations Familiales Catholiques s’inquiète.

Le bilan démographique de l’année 2024 est publié aujourd’hui par l’INSEE. Pour ce qui concerne la natalité, celle-ci a encore chuté de 2,8% au cours de l’année 2024, soit près de 10% de baisse en deux ans.

Cette baisse est continue depuis 10 ans, c’est-à-dire depuis 2014. En 2024, il est né environ 160 000 bébés de moins qu’en 2014. Cette chute de la natalité semble ne jamais devoir finir ! Nous battons chaque année des records à la baisse ! Après avoir été longtemps en tête des pays européens, nous rejoignons lentement mais surement la natalité moyenne de l’Europe autour de 1,5 enfant par femme.

Voilà à présent 50 ans, depuis 1974, que la France n’assure plus le renouvellement naturel de ses générations. Pour cela, il faut un taux de natalité supérieur ou égal à 2,1 enfants par femme. Voilà désormais ½ siècle que nous sommes en-dessous de ce taux. Si la population française a continué d’augmenter, ce n’est que grâce au solde migratoire.

Une natalité qui doit être plus élevée

La natalité se doit d’être plus élevée pour 4 raisons. D’abord le désir des parents qui, lorsqu’on les interroge, souhaiteraient 2,27 enfants, s’ils le pouvaient. Aujourd’hui, ils en ont un peu plus de 1,6. Ensuite, notre système de solidarité entre les générations qui a besoin que des jeunes viennent au monde, travaillent et cotisent pour les retraites et l’assurance maladie des plus âgés. Mais aussi le rayonnement et le dynamisme économique et culturel de notre pays dans le monde. Enfin, le moral de notre société qui pourrait se tourner davantage vers l’avenir à bâtir et les jeunes plutôt que vers le passé et sa muséification !

Des raisons multiples

Il faut un diagnostic précis pour comprendre le phénomène en cours. Certains disent que c’est la crise climatique, d’autres incriminent le cout du logement, d’autres encore les ressources des jeunes ménages ou les modes de garde… Il est nécessaire que le gouvernement fasse des études précises pour quantifier et ordonner ces différentes causes avant de mettre des mesures en place. Il faut d’abord écouter les jeunes familles, leurs difficultés et leurs attentes. Une quinzaine de pays européens, comme la République tchèque, l’Allemagne ou la Roumanie se sont donné la peine de le faire et voient leur natalité augmenter. Ce n’est pas hors de portée.

Pourquoi la natalité est-elle en berne ? L’analyse de Pascale Morinière | RCF | front

COMMUNIQUE DE PRESSE CNAFC : NATALITE 2024. Les AFC appellent les gouvernement à établir un diagnostic précis des besoins réels des français.

Alors que l’INSEE s’apprête à publier un nombre de naissances en baisse de 2,8% en 2024 par rapport à 2023, les AFC demandent au gouvernement d’établir un diagnostic approfondi et précis des attentes des familles françaises pour leur permettre d’accueillir les enfants qu’elles souhaitent.


Le désir d’enfant des Français était de 2,27 en 2023 alors que l’indice conjoncturel de fécondité est seulement de 1,68 enfant par femme en 2023 (il était de 1,84 en 2021). L’écart entre ces deux indices montre que les Français ne parviennent pas à accueillir le nombre d’enfants qu’ils souhaitent. Pour quelles raisons existe-t-il une telle différence ?

La réponse à cette question est essentielle pour proposer les bonnes solutions. Il ne suffit pas de désigner le climat morose (la natalité baisse partout dans le monde), la menace écologique (elle touche tous les pays développés mais certains redressent portant leurs taux de natalité), la crise du logement (elle n’est pas nouvelle) etc… car les raisons sont très probablement multifactorielles. Il est donc nécessaire de les envisager, les étudier sans a priori et de les quantifier pour poser un diagnostic aussi exact que possible de la situation française.


Entre 2001 et 2021, un certain nombre de pays européens ont effectué ce travail de diagnostic précis et ont pu apporter les réponses adaptées. L’indice conjoncturel de fécondité est ainsi remonté en Allemagne (+17%), en Lettonie (+29%), en Roumanie (+42%), en Slovénie (+35%) et en Tchéquie (+59%), entre autres (Eurostat). Les mesures prises ont été adaptées à la situation initiale de chaque pays et aux besoins exprimés par les familles. En revanche, d’autres pays ont fait de gros efforts sans aucun succès faute de répondre aux attentes des jeunes parents : l’Italie, par exemple, a mis en place d’importantes aides financières en 2021, sans effet jusqu’alors sur la natalité.


La baisse de la natalité met en danger le modèle social français qui repose sur la solidarité intergénérationnelle ; elle met à mal nos perspectives économiques, affaiblit notre influence et notre rayonnement dans le monde sans répondre aux attentes des jeunes couples.
Les AFC exhortent le nouveau gouvernement à réaliser un diagnostic précis des raisons menant à cet écart pour proposer des réformes adéquates aux besoins des familles françaises.

ARTICLE CNAFC : QUEL USAGE DES ECRANS POUR NOTRE FAMILLE CETTE ANNEE ?

La rentrée c’est le moment de trouver de nouvelles organisations, de remettre en route les bonnes habitudes alors pourquoi ne pas en profiter pour aller regarder du côté de l’usage de nos téléphones et des réseaux sociaux dans notre famille ? Un bon conseil de famille et nous voilà partis pour faire un pas de côté et aller scruter nos usages et leurs répercussions sur chacun des membres de notre famille. Les AFC, à la suite du travail des Chantiers-Éducation sur cette question, vous proposent quelques pistes de réflexion pour avancer.

Un outil qui sort de l’ordinaire

Ce smartphone avec toutes ses applications n’est pas un outil ordinaire. Prenons par exemple votre vélo. Vous vous en servez uniquement quand vous en avez besoin. Le reste du temps, il ne vient pas vous chercher à grands renfort de notifications, couleurs alléchantes et changeantes, contenus toujours plus adaptés à vos souhaits…Le smartphone remplace bon nombre d’objets : réveil, appareil photo, podomètre, agenda, journaux, livres, lecteur de musique, etc…Et c’est bien là la différence.

Smartphones et applications sont conçus pour venir vous chercher même quand nous n’en avons pas besoin. Ils sont mêmes conçus pour pirater notre cerveau et se servir de ses failles. Rien de grave en soi mais il est utile d’en avoir conscience et d’apprendre à réguler nos usages en fonction des caractéristiques particulières de ces outils.

Nous, parents, avons appris sur le tas avec de multiples erreurs d’appréciation : combien de partages hasardeux sur les réseaux sociaux, d’utilisation excessive qui se met en travers de la relation avec nos proches.

Quelques pistes pour améliorer notre usage du portable

On peut, avant d’en donner un à notre enfant, se rappeler combien il est difficile de lutter contre le temps passé mais aussi la multitude de risques potentiels. L’âge moyen actuel d’accès au smartphone en France est de 9 ans ¾, un âge bien trop jeune compte tenu des risques ! Nos enfants sont les rois de la combine quand il s’agit de contourner les contrôles parentaux.

A quoi servira ce portable ? Est-ce qu’il s’agit juste de pouvoir le joindre et dans ce cas un « 9 touches » pourrait suffire ou bien d’avoir accès à d’autres applications ?

Une start-up vient de lancer « The phone », un téléphone qui permet d’avoir uniquement les options basiques sans accès à internet mais avec l’apparence d’un véritable smartphone, permettant ainsi d’apprendre les bases de l’outil sans ses travers. Ce portable si attirant, on peut le rendre moins attirant en modifiant les paramètres et en le passant en mode « noir et blanc », notre œil est tout de suite moins capté.

Nous avons interrogé plusieurs familles afin qu’elles nous partagent les règles mises en place chez elles. Chez Florence et Philippe les portables sont dans une caisse dans l’entrée pendant les repas, dès lors qu’une activité est proposée à l’ensemble de la famille. Toute la famille doit aussi déposer son portable pour la nuit, pas de portable dans les chambres ! L’achat d’un réveil classique a permis à chacun de se lever sans avoir besoin de la sonnerie de son smartphone. Chez Soline, maman solo, le smartphone est déposé dans l’entrée dès qu’elle rentre afin d’être complètement disponible pour sa fille, sans interférence possible. Elle ne le reprend qu’une fois sa fille couchée. Pour Myriam et Guillaume, effort est fait de regarder son smartphone le plus tard possible le matin et de désinstaller au maximum les applications inutiles. Ils ont aussi décidé de ne regarder leurs réseaux sociaux que sur l’ordinateur familial et de supprimer sur chaque application les notifications pour ne pas être tentés.

Accompagner notre enfant sur les réseaux sociaux

Avoir un smartphone, c’est la possibilité d’accéder aux réseaux sociaux. Attention, contrairement à l’usage constaté chez nos jeunes, ils sont interdits aux moins de 13 ans. Une manière simple de résister est donc de transmettre la loi et de la faire respecter auprès de nos enfants. Avant cet âge, leurs données personnelles ne peuvent être monnayées par les réseaux.

Rappelons nous aussi que si ces réseaux sont gratuits c’est bien parce que nous y laissons un nombre considérable d’informations : sites consultés, temps passé, vidéos regardées ou au contraire évitées, etc. Toute notre vie sur les réseaux fait l’objet d’analyses de données pour être revendues ensuite.

Cependant, les réseaux sociaux font partie de leur vie, de leur univers. Leur vie y est tout aussi « réelle » que la vie physique. Il faut avouer aussi que si les réseaux sociaux présentent de nombreux risques (sédentarité, mauvaises rencontres, contenus à risque, harcèlement, addiction, troubles de la santé mentale, pédocriminalité, piratage, usurpation d’identité…) ils présentent également des chances incroyables de contacter des experts dans des domaines pointus, de monter des projets, de garder des liens, de devenir autonome, d’exercer son esprit critique, de s’engager, d’avoir accès au savoir. Ce sont aussi des lieux d’échange, de solidarité, de réflexion, de soutien.

Avant que notre enfant aille sur les réseaux, posons-nous quelques questions simples : à quoi lui seront utiles ces réseaux (organisation d’activités, possibilité de rester en lien avec ses amis, ses cousins, la famille, de trouver du soutien…) ? De quelle manière allez-vous ensemble paramétrer son compte ? Est-il conscient que tout ce que l’on publie (même auprès d’un cercle restreint et choisi) est donc public ? Mettons en place un mot de passe fort pour que son compte ne puisse être piraté.

Quelles règles mettons-nous en place dans la famille pour qu’il puisse y aller avec confiance ? De quoi avons -nous besoin chacun pour que tout se passe au mieux ? Est-ce que la maturité ou les caractéristiques personnelles de notre enfant nous permettent d’envisager sereinement l’utilisation des réseaux sociaux ? Questionnons-le sur la frontière qu’il met entre vie public et vie privée, qu’est- il prêt à publier et que s’interdit-il de publier.

Est-ce que l’accès au réseau social ne peut pas se faire sur notre smartphone dans un premier temps ? Il aurait ainsi le temps d’avoir une « conduite accompagnée » pour apprendre les règles de bases de la vie sur les réseaux sociaux.

Quelle posture parentale adopter pour les accompagner ?

Raconte-moi, explique-moi, qu’est-ce que tu fais avec ce réseau, comment-est-ce que cela fonctionne ? En posant un regard authentiquement curieux et bienveillant sur notre enfant et ses réseaux sociaux, on peut se tenir informé des évolutions. C’est le monde dans lequel ils sont amenés à évoluer, rien ne sert de dénigrer en bloc si l’on veut pouvoir échanger avec eux.

Ils ont à en apprendre et comprendre les codes. Si nous ne sommes pas toujours les plus compétents en la matière, nous pouvons en revanche leur permettre la prise de recul, les aider à acquérir des points de repères, à faire preuve d’esprit critique et avoir généré un bon espace de dialogue en cas de problème.

Proposer une vie « physique » pour équilibrer la vie virtuelle

Nos enfants (et nous) sommes vissés sur nos écrans. Que pourrions-nous mettre en place cette année pour équilibrer les usages, remettre du contact physique dans nos vies ?

Chez Wilfried, ce sont les enfants eux-mêmes qui ont proposé à toute la famille de regarder précisément le temps passé sur les écrans et de télécharger l’application Screenzen pour rendre moins facile l’accès aux applications. Dans la famille de Lou et Matthieu, on a choisi de faire des propositions ancrées dans le réel : scoutisme, jeux de société, lecture, sorties culturelles, activités avec des amis, chant, cuisine, discussions à bâtons rompus. Chez Cécile, le dimanche a été décrété sans écran pour tout le monde. Chez Caroline, on encourage vivement les rencontres avec les amis que ce soit chez eux ou à l’extérieur en se retrouvant dans un parc, en allant les uns chez les autres pour partager véritablement leurs joies, leurs craintes, leurs peines, leurs réflexions, leurs projets. Enfin chez Bruno et Karine, l’accent a été mis sur la nature et le sport : vélo, randonnée, escalade, excursions, tout est bon pour mettre le nez dehors. L’habitude d’aller sur les réseaux sociaux ne se supprime pas, elle se remplace.

Des réseaux pour rester présents et attentifs aux autres

Si le monde des réseaux sociaux n’est pas le monde des bisounours, on peut apprendre à y évoluer en visant le bien, le beau, le vrai. Tout d’abord en évitant les écueils et les risques liés à l’usage des réseaux par leur connaissance et leur conscience. Sur les réseaux on peut aussi tisser des relations, pratiquer une culture de rencontre vers l’autre qui promeut la paix et l’amitié. On peut aussi y développer l’écoute, ingrédient indispensable à la communication et condition d’un vrai dialogue.

Nos jeunes peuvent également prendre conscience du rôle du silence et de l’espace pour penser lentement, de manière ciblée. Le silence est une denrée précieuse pour la concentration et le discernement.

Ils peuvent enfin passer des réactions rapides, commentaires impulsifs à des opportunités de dialogue, d’attention, de compassion. Cultivons leur capacité à être à la fois sur les réseaux et dans la plénitude de la vie humaine et sociale. Les deux sont complémentaires. Le web social ne remplace pas une rencontre en chair et en os. S’ils restent connectés avec leurs amis, leur famille c’est pour pouvoir ensuite se rencontrer, se réunir à table, se regarder dans les yeux.

En guise de conclusion

Nous parents, comme nos enfants, sommes victimes de cette fameuse « technoférence » qui nous rend indisponibles pour nos proches dès lors que le téléphone est sur la table, dans notre main. Nos enfants nous voient faire et apprennent de nos usages. Tout n’est pas perdu cependant, les générations qui arrivent sont certes énormément sur leur portable mais commencent aussi à être plus prudentes, plus attentives à ce qu’elles diffusent sur les réseaux. De plus en plus vont même jusqu’à remiser leur smartphone pour opter pour un téléphone portable basique. Il est aussi utile de rappeler que les problèmes révélés par l’usage du smartphone et des réseaux sociaux ne sont souvent que le révélateur de problèmes qui existaient auparavant chez le jeune.

Alors, encourageons-nous à limiter les écrans et privilégions la relation en famille, et avec les autres !

Pour aller plus loin

Gabrielle Sebire est mère de famille nombreuse, enseignante et consultante dans le domaine éducatif.
Elle est formée sur le sujet du HPI et ses impacts sur le quotidien de l’enfant, de la fratrie, de la famille, ainsi qu’à l’école. Gabrielle est également co-fondatrice de Happy HP Family, pour aider parents et enfants à faire du haut potentiel un atout pour s’épanouir.

Gabrielle Sebire est également l’auteur, pour les AFC de la brochure 12 questions à se poser sur les réseaux sociaux, parue en septembre 2023 aux éditions Téqui. La brochure est en vente sur notre boutique en ligne au prix de 6€.