L’autorité bienveillante

L’autorité peut-elle associer fermeté et bienveillance ?

Deux remarques préalables : quelle est la véritable volonté des parents ? Se sentir compétent. Quelle est la véritable peur des parents ? Se sentir incompétent.

Autrefois, le père imposait le silence : on ne discutait pas un père ni avec un père. Son autorité s’exerçait par la domination physique et morale. Nous sommes aujourd’hui dans l’exact inverse : tout se discute à l’infini, ce qui exige de la part des couples des négociations permanentes, pour l’exercice de l’autorité, comme pour les tâches domestiques : qui décide quoi ? Nous pourrions aller plus loin en nous posant la question : Comment se prennent les décisions au sein de notre couple et au sein de nos familles ?

Etymologiquement, le mot autorité signifie « faire croître, accroître, augmenter ». Il souligne une croissance et une finalité. L’autorité ne consiste donc pas simplement à interdire car dans le mot autorité, il y a d’abord le concept de l’autorisation : c’est parce que nous autorisons un enfant à aller découvrir le monde, que nous pouvons aussi lui fixer des interdits.

Quand nous comprenons que de l’autorité dépend la croissance et l’harmonie de la personne humaine, c’est donc d’elle que dépend aussi la stabilité de la famille. De ce fait, l’autorité parentale devient alors l’expression de l’amour qui peut protéger, guider, nourrir et corriger.

De là, découle naturellement la qualité première de celui qui exerce l’autorité qui est celle d’aimer ceux qui lui sont confiés, non pour leur imposer une vision des choses, mais pour être au service de leur croissance et de leur maturité. Inversement, une absence de limites imposées à l’enfant est assimilable à de mauvais traitements.

Dans ce domaine, les éducateurs ont donc toujours à marcher sur une ligne de crête très étroite entre le laisser faire et l’interventionnisme. Mais n’est-ce pas là un bel enjeu d’auto-éducation ?

source site CNAFC mars 2019

Comment montrons-nous à nos enfants que nous les aimons ?

Les premiers mots qu’on adresse à l’enfant, les paroles douces qui le concernent, sont aussi importants que les caresses. Elles l’intègrent au monde des humains et l’aident à bâtir sa personnalité à venir.

Communément, aimer quelqu’un, c’est lui donner une place particulière dans sa vie. De fait, il faut de l’amour pour se construire : les enfants privés d’affection grandissent moins que les autres.

Il y a dans l’amour d’une femme pour son enfant quelque chose de sublime : son inconditionnalité ; quelque chose de ridicule : son aveuglement ; et quelque chose d’ignoble : le fait qu’il ne concerne que son enfant et non les autres. Une mère est « intéressée » par son enfant. Mieux vaut qu’elle le sache, et sache épurer son amour de sa part de narcissisme, de volonté, de pouvoir, de captation.

Le père peut être l’agent de cette conversion car l’amour paternel est beaucoup plus sage : le rapport du père à l’enfant est empreint d’une certaine distance, d’une lucidité, d’une modération, d’un respect qui ne sont pas moins indispensables à l’enfant que le fol amour maternel.

Mais attention : dans la relation parents-enfants, il est certes important que l’enfant sente qu’il compte pour ses parents, mais il ne doit pas sentir qu’il est leur « chose » sous prétexte qu’il était, au départ, totalement dépendant d’eux !

La grande question, ce n’est pas d’aimer nos enfants, parce qu’à de rares exceptions près, tous les parents aiment leurs enfants, mais la difficulté, c’est de montrer à nos enfants que nous les aimons.

Dans chaque enfant se trouve un «réservoir émotionnel» qui ne demande qu’à être rempli d’affection.

Comment remplir son réservoir affectif, et ainsi le sécuriser par notre amour ? D’après Ross Campbell, c’est en essayant d’apprendre sa langue maternelle émotionnelle, et en veillant à lui parler ce langage qui est le sien.

Il existe ainsi cinq langages de l’amour: les paroles valorisantes, les moments de qualité, les cadeaux, les services rendus, le toucher physique. Quel que soit son langage, l’enfant doit percevoir l’amour de ses parents comme inconditionnel, c’est-à-dire au-dessus de toute autre considération. Cela ne signifie pas que nous apprécions toujours sa façon de se conduire ou de répondre, mais que nous l’aimons, lui, cet enfant, comme un trésor unique, au-delà de son aspect, de son potentiel, de son éventuel handicap, et sans préjuger de sa conduite. Parce que du petit enfant qui pleure de manière inexpliquée, jusqu’à l’adolescent qui nous provoque, qui fait des fugues, se met à fumer des joints ou à faire des tas de bêtises, jusqu’à l’adulte qui se montre désagréable ou provocateur, derrière tout cela, il y a toujours la même question : est-ce que tu m’aimes ?

Soyons clairs : on n’aime pas ses enfants de la même manière. Et heureusement ! L’essentiel est que chacun soit reconnu comme unique. Une mère de famille nombreuse à qui on demandait comment elle avait pu diviser l’amour entre ses enfants, répondit : « Je n’ai rien divisé, j’ai multiplié l’amour ».

Source  : site web CNAFC 12/02/19

Réflexion éducative des Chantiers-éducation octobre 2018 : Qu’est-ce qui rend les enfants heureux ?

Par Paula Pinto Gomes, le 25/9/2018 (La Croix)

À l’occasion de son 40e anniversaire, le magazine Astrapi dévoile les résultats d’une

enquête qui donne la parole aux enfants.

À l’ère de la consommation débridée, on pourrait croire les enfants plus attachés

qu’autrefois aux biens matériels. Mais il n’en est rien. Ce qui rend les enfants heureux

en 2018, ce n’est ni la dernière console vidéo, ni les chaussures à la mode, mais les

parents, les amis et le jeu, selon une enquête d’Harris Interactive pour Astrapi,

publiée mardi 25 septembre.

À l’occasion de son 40e anniversaire, le magazine des 7-11 ans publié par Bayard

(également éditeur de La Croix) a demandé à plus de 500 enfants de cette tranche

d’âge s’ils se sentaient heureux et quelle était la source de leur bonheur. Résultat : 98

% des enfants se disent résolument heureux. Et leur bien-être dépend d’abord de la

famille.

Ce qui compte avant tout pour 57 % des enfants interrogés, c’est d’avoir des parents

qui les aiment. Passer du temps avec maman et papa comble 68 % des 7-11 ans (et 73

% des 7-9 ans), bien plus que d’avoir des invités à la maison (47 %), de lire des

histoires (42 %) ou encore de jouer avec les frères et soeurs (41 %).

Les bons élèves sont-ils des enfants heureux ?

Les amis et le jeu

« Si la famille apporte une sécurité affective et un bonheur indéniable, le cercle amical

et les jeux qui en découlent sont eux aussi très importants », révèle l’enquête. Près des

trois quarts des enfants (42 %) disent avoir besoin de copains pour se sentir heureux.

Un besoin qui dépasse largement l’envie de posséder des biens matériels. Seuls 24 %

citent les cadeaux comme source de bonheur, 10 % « de l’argent pour acheter tout ce

qu’ils veulent » et 5 % « une belle maison ou un bel appartement ».

Après les amis, le jeu est le troisième ingrédient essentiel au bonheur des enfants. Un

tiers des 7-11 ans déclarent avoir besoin de temps pour jouer, que ce soit à la maison,

avec les copains ou à l’école. « Faire des choses ensemble, s’amuser, partager des

bons moments restent en 2018 des moteurs fondamentaux et, ce, quelles que soient

les catégories socioprofessionnelles », souligne l’enquête. Jouer avec les parents

s’avère même l’activité préférée pour 70 % des jeunes, avant de regarder la télévision,

(53 %), de discuter (44 %), de faire la cuisine (34 % – mais 46 % pour les filles) ou

encore de jouer aux jeux vidéo (34 % – et 46 % pour les garçons).

Le jeu et les amis, c’est aussi ce qui rend 87 % des enfants heureux à l’école, même si

avoir un maître ou une maîtresse gentille, obtenir de bonnes notes et apprendre des

choses nouvelles contribuent également à leur bonheur.

Ce qui les rend malheureux

En revanche, ce qui rend les enfants malheureux à l’école ce sont les moqueries (51

%), les disputes (45 % et même 51 % pour les filles) ou le manque d’amis (29 % mais

35 % pour les filles). A la maison, ils sont surtout tristes lorsque les parents les

grondent (45 % et 52 % pour les garçons) ou se disputent entre eux (31 %).

Conscients du monde qui les entoure, les 7-11 ans sondés par Astrapi se disent

affectés par les actes terroristes (49 % et 54 % pour les 10-11 ans), le harcèlement

scolaire (35 %), le fait que des personnes soient malades, handicapés (33 %) ou sans

abri (25 %). Néanmoins, 33 % d’entre eux s’estiment plus heureux que les autres

enfants en France et les deux tiers plus heureux que les autres enfants dans le monde.

Paula Pinto Gomes

La-Croix-Qu-est-ce-qui-rend-les-enfants-heureux

 

 

Réflexion éducative des Chantiers-Education – septembre 2018 : « Savoir dire non à son enfant » de Gisèle Ginsberg

Pas facile de dire non à son enfant quand il vous implore de ses grands yeux câlins pour obtenir quelque chose. Pourtant lui mettre des limites, c’est lui donner des repères pour grandir.

« Manon n’en fait qu’à sa tête ! Elle veut tout décider et j’ai du mal à me faire entendre, se plaint Eléonore, la maman de cette petite fille de huit ans. C’est vrai qu’on lui a toujours beaucoup cédé et qu’elle en a pris l’habitude. »

Comme Eléonore, beaucoup de parents se sentent aujourd’hui un peu démunis face aux exigences de leurs enfants. Ceux-ci sont parfois dans l’opposition et la revendication permanentes, et ce, bien avant l’âge de l’adolescence.

Quand les parents sont démunis

Pourtant, l’enfant, dès son plus jeune âge, a besoin de limites, sinon il risque de tomber dans l’excès, les débordements en tous genres, voire l’agressivité : « Vers 2 ou 3 ans, il est dans l’illusion de la toute-puissance, explique Béatrice Copper-Royer, psychothérapeute. Il se croit le maître du monde et il est bon de le recadrer avec tendresse et fermeté. Il est important de lui montrer qu’il ne peut pas tout maîtriser et que ce n’est pas lui qui décide de tout. Maman et Papa sont là pour ça. Si on ne le fait pas, on risque l’escalade : en grandissant, ce sera toujours plus ! Certains parents ont du mal à lui dire « non » parce qu’ils ont peur de lui faire de la peine, même un instant. Ils n’osent plus affronter les conflits, les frustrations que leur enfant doit nécessairement connaître et qui va lui permettre de se construire comme sujet. » Donner des repères à un enfant l’aide à grandir et cela le sécurise : en effet, celui-ci est envahi de pulsions très fortes dans sa petite enfance que seules les règles et l’éducation vont parvenir à contenir progressivement.

Contenir ses pulsions le rassure.

Savoir dire « non » à son enfant est un moyen de l’aider à se structurer mentalement : « Si l’enfant est une personne, commele disait Françoise Dolto, il n’est pas une grande personne, précise Béatrice Copper-Royer. Laisser l’enfant trop décisionnaire crée chez lui beaucoup d’anxiété et peut se traduire par des troubles du sommeil, de grosses colères, etc. Cela le soulage que l’on décide pour lui et qu’on lui résiste de temps à autre. »

« S’opposer est aussi un acte d’amour. L’enfant a besoin de cette autorité bienveillante et tranquille qui, dans l’affrontement, le rassure. »

C’est aussi protéger son enfant que de déterminer pour lui un mode de vie stable, fait d’une multitude de petits rituels si rassurants : le réveil le matin à la même heure avec le chocolat chaud sur la table de la cuisine, le bain du soir avant le dîner, l’histoire lue au coucher, le câlin avant d’éteindre la lumière. Et tout cela dans le même ordre. Rien n’est plus sécurisant pour lui que de répéter les mêmes choses tous les jours. Il appartient aux parents de définir en douceur ces fameuses règles qui vont régir la vie de leur enfant. Petit à petit, celui-ci va intégrer les interdits, apprendre la frustration en différant la satisfaction de ses désirs. L’important, c’est d’être cohérent avec ce que l’on énonce : « Quand on pose des principes, il est souhaitable de s’y tenir et de ne pas changer d ‘avis tous les jours », souligne Béatrice Copper-Royer. Si on a dit « non » un jour, il est préférable de ne pas dire « oui » le lendemain sous prétexte que l’on est fatigué et que l’on n’a pas envie de rentre en conflit avec son enfant. Celui-ci sentira la faille et s’y engouffrera avec jubilation ».

L’enfant tyran, souvent surprotégé.

Le risque de ne pas mettre de limites à son enfant, c’est de le voir prendre le pouvoir dans la famille… On parle alors d’ « enfants tyrans » qui poussent à bout leurs parents, ces derniers cédant de plus en plus de terrain. Ils sont souvent surprotégés par des parents aimants débordés par l’omnipotence de leur progéniture. Toute la vie familiale tourne autour des desiderata du petit roi qui excelle dans le chantage affectif : « Ces parents-là ont l’impression fantasmatique que tout accepter de son enfant est une preuve d’amour à son égard. Ils doivent comprendre aussi que ce n’est pas parce qu’ils vont s’opposer à lui que celui-ci ne va plus les aimer », rectifie Béatrice Copper-Royer.

En réalité, il est très angoissant pour un enfant d’avoir l’impression que rien ne le canalise, que rien ne s’oppose à lui. Les « enfants tyrans » sont en fait envahis par l’angoisse et leurs diktats sont autant d’appels au secours vers l’adulte.

Autorité n’est pas synonyme d’autoritarisme.

Mais reprendre les rênes du foyer, n’est pas pour autant revenir au vieil autoritarisme d’antan qui ne laissait aucune place à la voix de l’enfant. Autrefois, il y avait parfois la volonté de faire appliquer sans nuance des règles jamais négociables. Selon le Dr. Daniel Marcelli, pédopsychiatre, chef de service de psychiatrie infanto-juvénile du CHU de Poitiers : « Entre tout interdire et tout céder, il faut retrouver les voies d’une autorité constructive et non d’une autorité aliénante. »

Une autorité bienveillante, fondée sur le respect et le dialogue mutuel se révèle efficace et structurant pour l’enfant. On peut la définir comme l’expression d’une volonté parentale susceptible de s’opposer à celle de l’enfant, lui montrant que son père ou sa mère garde le contrôle de la situation dans le souci de son bien-être : « Il y a de la force et de la tranquillité dans cette attitude qui va rassurer l’enfant malgré l’affrontement probable et passager. »,déclare Béatrice Copper-Royer.

Pour que le message passe mieux l’enfant a besoin de comprendre les raisons d’une interdiction. Même s’il proteste énergiquement, il se sent respecté dans son intégrité psychique : « Il devient un sujet à qui on prend le temps d’expliquer les choses », souligne la psychothérapeute.

Gisèle Ginsberg

Vies de famille – Février 2005

Réflexion éducative avril 2018 «On a tous un rêve pour nos enfants.»

Ce qui est frappant aujourd’hui, c’est la fatigue des parents. Ils s’occupent extraordinairement bien de leurs enfants mais portent beaucoup de choses. Ils veulent tout mener de front  et tout réussir : vie de couple, vie familiale, vie professionnelle… La recherche de la perfection est épuisante, il est essentiel de se reposer.

Les parents aimeraient que tout aille bien puisqu’ils font les choses bien ! Ils attendent parfois trop de leurs enfants. Un enfant se tiendra bien quatre fois, mais pas la cinquième ; c’est ce comportement qui est normal. Les enfants sont plein d’énergie qu’ils ne canalisent pas toujours parfaitement ; encore une fois, c’est normal. Les parents voudraient que, lorsqu’ils disent quelque chose une fois, cela soit acquis définitivement. Mais non, il n’y a rien de linéaire ! L’éducation, c’est un perpétuel recommencement : on dit, on répète, on répète encore, et encore. Et puis on punira peut-être. Il est important que les parents ne se découragent pas. Ils ne doivent pas perdre confiance. L’éducation, c’est un peu un chemin à l’aveugle, avec des détours, des arrêts. La souplesse dans l’éducation est essentielle, mais elle n’est pas sans interdits, sans lois, sans indications. Les parents sont toujours dans un mouvement d’équilibre et de réajustements permanents.

Aimer son enfant est exigent parce qu’on voit ses bons et ses mauvais côtés. Le principal est d’avoir confiance en lui pour faire quelque chose de sa vie. Un enfant est très sensible à l’idéal que ses parents projettent sur lui. Face aux difficultés, il est important de revoir cet idéal, non pas à la baisse, mais par rapport à ce que l’enfant « est » vraiment. C’est le plus difficile : adapter notre regard à ce qu’est l’enfant. L’élever, c’est l’aider à devenir ce qu’il est vraiment. Cela signifie parfois renoncer à ce dont nous avions envie pour lui. On peut être dérouté par le cheminement et les difficultés d’un jeune. Nous ne sommes pas des parents parfaits mais on peut essayer d’être présent. C’est difficile pour un parent d’accepter que son enfant ait son histoire, sa liberté. Et qu’il y a des trajectoires plus faciles que d’autres. Etre un parent suffisamment bon, c’est passer du temps « avec », être présent et laisser libre. Aimer un enfant, c’est être dans cette attitude un peu paradoxale.

On grandit avec eux car on est tout le temps en train de se remettre en question ! Et ça, c’est formidable. Etre parents nous fait travailler sur nous-mêmes : d’abord parce que l’altérité dans le couple fait travailler sur sa propre éducation, mais aussi parce que les enfants nous font réfléchir aux normes du monde dans lequel on vit. Aujourd’hui, une partie de leurs valeurs viennent de la société beaucoup plus que du milieu familial.

Pour parler, il faut du temps, de la confiance. Il est essentiel de créer des moments pendant lesquels un enfant et un parent peuvent se parler.

La force des parents aujourd’hui : ils sont très à l’écoute de leurs enfants. Les pères notamment prennent une place importante. Les enfants voient ainsi que chacun peut avoir son opinion et c’est important pour eux. Cela leur permet de découvrir l’altérité, les différences dans la famille. Que l’on peut se disputer, traverser des épreuves et être ensemble. Il est également important qu’ils voient la tendresse, l’amour, la joie ! et le rire en famille !

Propos tirés du guide de Geneviève de Taisne « Etre parents : une école de vie »