Réflexion éducative des Chantiers-éducation octobre 2018 : Qu’est-ce qui rend les enfants heureux ?

Par Paula Pinto Gomes, le 25/9/2018 (La Croix)

À l’occasion de son 40e anniversaire, le magazine Astrapi dévoile les résultats d’une

enquête qui donne la parole aux enfants.

À l’ère de la consommation débridée, on pourrait croire les enfants plus attachés

qu’autrefois aux biens matériels. Mais il n’en est rien. Ce qui rend les enfants heureux

en 2018, ce n’est ni la dernière console vidéo, ni les chaussures à la mode, mais les

parents, les amis et le jeu, selon une enquête d’Harris Interactive pour Astrapi,

publiée mardi 25 septembre.

À l’occasion de son 40e anniversaire, le magazine des 7-11 ans publié par Bayard

(également éditeur de La Croix) a demandé à plus de 500 enfants de cette tranche

d’âge s’ils se sentaient heureux et quelle était la source de leur bonheur. Résultat : 98

% des enfants se disent résolument heureux. Et leur bien-être dépend d’abord de la

famille.

Ce qui compte avant tout pour 57 % des enfants interrogés, c’est d’avoir des parents

qui les aiment. Passer du temps avec maman et papa comble 68 % des 7-11 ans (et 73

% des 7-9 ans), bien plus que d’avoir des invités à la maison (47 %), de lire des

histoires (42 %) ou encore de jouer avec les frères et soeurs (41 %).

Les bons élèves sont-ils des enfants heureux ?

Les amis et le jeu

« Si la famille apporte une sécurité affective et un bonheur indéniable, le cercle amical

et les jeux qui en découlent sont eux aussi très importants », révèle l’enquête. Près des

trois quarts des enfants (42 %) disent avoir besoin de copains pour se sentir heureux.

Un besoin qui dépasse largement l’envie de posséder des biens matériels. Seuls 24 %

citent les cadeaux comme source de bonheur, 10 % « de l’argent pour acheter tout ce

qu’ils veulent » et 5 % « une belle maison ou un bel appartement ».

Après les amis, le jeu est le troisième ingrédient essentiel au bonheur des enfants. Un

tiers des 7-11 ans déclarent avoir besoin de temps pour jouer, que ce soit à la maison,

avec les copains ou à l’école. « Faire des choses ensemble, s’amuser, partager des

bons moments restent en 2018 des moteurs fondamentaux et, ce, quelles que soient

les catégories socioprofessionnelles », souligne l’enquête. Jouer avec les parents

s’avère même l’activité préférée pour 70 % des jeunes, avant de regarder la télévision,

(53 %), de discuter (44 %), de faire la cuisine (34 % – mais 46 % pour les filles) ou

encore de jouer aux jeux vidéo (34 % – et 46 % pour les garçons).

Le jeu et les amis, c’est aussi ce qui rend 87 % des enfants heureux à l’école, même si

avoir un maître ou une maîtresse gentille, obtenir de bonnes notes et apprendre des

choses nouvelles contribuent également à leur bonheur.

Ce qui les rend malheureux

En revanche, ce qui rend les enfants malheureux à l’école ce sont les moqueries (51

%), les disputes (45 % et même 51 % pour les filles) ou le manque d’amis (29 % mais

35 % pour les filles). A la maison, ils sont surtout tristes lorsque les parents les

grondent (45 % et 52 % pour les garçons) ou se disputent entre eux (31 %).

Conscients du monde qui les entoure, les 7-11 ans sondés par Astrapi se disent

affectés par les actes terroristes (49 % et 54 % pour les 10-11 ans), le harcèlement

scolaire (35 %), le fait que des personnes soient malades, handicapés (33 %) ou sans

abri (25 %). Néanmoins, 33 % d’entre eux s’estiment plus heureux que les autres

enfants en France et les deux tiers plus heureux que les autres enfants dans le monde.

Paula Pinto Gomes

La-Croix-Qu-est-ce-qui-rend-les-enfants-heureux

 

 

Réflexion éducative des Chantiers-Education – septembre 2018 : « Savoir dire non à son enfant » de Gisèle Ginsberg

Pas facile de dire non à son enfant quand il vous implore de ses grands yeux câlins pour obtenir quelque chose. Pourtant lui mettre des limites, c’est lui donner des repères pour grandir.

« Manon n’en fait qu’à sa tête ! Elle veut tout décider et j’ai du mal à me faire entendre, se plaint Eléonore, la maman de cette petite fille de huit ans. C’est vrai qu’on lui a toujours beaucoup cédé et qu’elle en a pris l’habitude. »

Comme Eléonore, beaucoup de parents se sentent aujourd’hui un peu démunis face aux exigences de leurs enfants. Ceux-ci sont parfois dans l’opposition et la revendication permanentes, et ce, bien avant l’âge de l’adolescence.

Quand les parents sont démunis

Pourtant, l’enfant, dès son plus jeune âge, a besoin de limites, sinon il risque de tomber dans l’excès, les débordements en tous genres, voire l’agressivité : « Vers 2 ou 3 ans, il est dans l’illusion de la toute-puissance, explique Béatrice Copper-Royer, psychothérapeute. Il se croit le maître du monde et il est bon de le recadrer avec tendresse et fermeté. Il est important de lui montrer qu’il ne peut pas tout maîtriser et que ce n’est pas lui qui décide de tout. Maman et Papa sont là pour ça. Si on ne le fait pas, on risque l’escalade : en grandissant, ce sera toujours plus ! Certains parents ont du mal à lui dire « non » parce qu’ils ont peur de lui faire de la peine, même un instant. Ils n’osent plus affronter les conflits, les frustrations que leur enfant doit nécessairement connaître et qui va lui permettre de se construire comme sujet. » Donner des repères à un enfant l’aide à grandir et cela le sécurise : en effet, celui-ci est envahi de pulsions très fortes dans sa petite enfance que seules les règles et l’éducation vont parvenir à contenir progressivement.

Contenir ses pulsions le rassure.

Savoir dire « non » à son enfant est un moyen de l’aider à se structurer mentalement : « Si l’enfant est une personne, commele disait Françoise Dolto, il n’est pas une grande personne, précise Béatrice Copper-Royer. Laisser l’enfant trop décisionnaire crée chez lui beaucoup d’anxiété et peut se traduire par des troubles du sommeil, de grosses colères, etc. Cela le soulage que l’on décide pour lui et qu’on lui résiste de temps à autre. »

« S’opposer est aussi un acte d’amour. L’enfant a besoin de cette autorité bienveillante et tranquille qui, dans l’affrontement, le rassure. »

C’est aussi protéger son enfant que de déterminer pour lui un mode de vie stable, fait d’une multitude de petits rituels si rassurants : le réveil le matin à la même heure avec le chocolat chaud sur la table de la cuisine, le bain du soir avant le dîner, l’histoire lue au coucher, le câlin avant d’éteindre la lumière. Et tout cela dans le même ordre. Rien n’est plus sécurisant pour lui que de répéter les mêmes choses tous les jours. Il appartient aux parents de définir en douceur ces fameuses règles qui vont régir la vie de leur enfant. Petit à petit, celui-ci va intégrer les interdits, apprendre la frustration en différant la satisfaction de ses désirs. L’important, c’est d’être cohérent avec ce que l’on énonce : « Quand on pose des principes, il est souhaitable de s’y tenir et de ne pas changer d ‘avis tous les jours », souligne Béatrice Copper-Royer. Si on a dit « non » un jour, il est préférable de ne pas dire « oui » le lendemain sous prétexte que l’on est fatigué et que l’on n’a pas envie de rentre en conflit avec son enfant. Celui-ci sentira la faille et s’y engouffrera avec jubilation ».

L’enfant tyran, souvent surprotégé.

Le risque de ne pas mettre de limites à son enfant, c’est de le voir prendre le pouvoir dans la famille… On parle alors d’ « enfants tyrans » qui poussent à bout leurs parents, ces derniers cédant de plus en plus de terrain. Ils sont souvent surprotégés par des parents aimants débordés par l’omnipotence de leur progéniture. Toute la vie familiale tourne autour des desiderata du petit roi qui excelle dans le chantage affectif : « Ces parents-là ont l’impression fantasmatique que tout accepter de son enfant est une preuve d’amour à son égard. Ils doivent comprendre aussi que ce n’est pas parce qu’ils vont s’opposer à lui que celui-ci ne va plus les aimer », rectifie Béatrice Copper-Royer.

En réalité, il est très angoissant pour un enfant d’avoir l’impression que rien ne le canalise, que rien ne s’oppose à lui. Les « enfants tyrans » sont en fait envahis par l’angoisse et leurs diktats sont autant d’appels au secours vers l’adulte.

Autorité n’est pas synonyme d’autoritarisme.

Mais reprendre les rênes du foyer, n’est pas pour autant revenir au vieil autoritarisme d’antan qui ne laissait aucune place à la voix de l’enfant. Autrefois, il y avait parfois la volonté de faire appliquer sans nuance des règles jamais négociables. Selon le Dr. Daniel Marcelli, pédopsychiatre, chef de service de psychiatrie infanto-juvénile du CHU de Poitiers : « Entre tout interdire et tout céder, il faut retrouver les voies d’une autorité constructive et non d’une autorité aliénante. »

Une autorité bienveillante, fondée sur le respect et le dialogue mutuel se révèle efficace et structurant pour l’enfant. On peut la définir comme l’expression d’une volonté parentale susceptible de s’opposer à celle de l’enfant, lui montrant que son père ou sa mère garde le contrôle de la situation dans le souci de son bien-être : « Il y a de la force et de la tranquillité dans cette attitude qui va rassurer l’enfant malgré l’affrontement probable et passager. »,déclare Béatrice Copper-Royer.

Pour que le message passe mieux l’enfant a besoin de comprendre les raisons d’une interdiction. Même s’il proteste énergiquement, il se sent respecté dans son intégrité psychique : « Il devient un sujet à qui on prend le temps d’expliquer les choses », souligne la psychothérapeute.

Gisèle Ginsberg

Vies de famille – Février 2005

Réflexion éducative avril 2018 «On a tous un rêve pour nos enfants.»

Ce qui est frappant aujourd’hui, c’est la fatigue des parents. Ils s’occupent extraordinairement bien de leurs enfants mais portent beaucoup de choses. Ils veulent tout mener de front  et tout réussir : vie de couple, vie familiale, vie professionnelle… La recherche de la perfection est épuisante, il est essentiel de se reposer.

Les parents aimeraient que tout aille bien puisqu’ils font les choses bien ! Ils attendent parfois trop de leurs enfants. Un enfant se tiendra bien quatre fois, mais pas la cinquième ; c’est ce comportement qui est normal. Les enfants sont plein d’énergie qu’ils ne canalisent pas toujours parfaitement ; encore une fois, c’est normal. Les parents voudraient que, lorsqu’ils disent quelque chose une fois, cela soit acquis définitivement. Mais non, il n’y a rien de linéaire ! L’éducation, c’est un perpétuel recommencement : on dit, on répète, on répète encore, et encore. Et puis on punira peut-être. Il est important que les parents ne se découragent pas. Ils ne doivent pas perdre confiance. L’éducation, c’est un peu un chemin à l’aveugle, avec des détours, des arrêts. La souplesse dans l’éducation est essentielle, mais elle n’est pas sans interdits, sans lois, sans indications. Les parents sont toujours dans un mouvement d’équilibre et de réajustements permanents.

Aimer son enfant est exigent parce qu’on voit ses bons et ses mauvais côtés. Le principal est d’avoir confiance en lui pour faire quelque chose de sa vie. Un enfant est très sensible à l’idéal que ses parents projettent sur lui. Face aux difficultés, il est important de revoir cet idéal, non pas à la baisse, mais par rapport à ce que l’enfant « est » vraiment. C’est le plus difficile : adapter notre regard à ce qu’est l’enfant. L’élever, c’est l’aider à devenir ce qu’il est vraiment. Cela signifie parfois renoncer à ce dont nous avions envie pour lui. On peut être dérouté par le cheminement et les difficultés d’un jeune. Nous ne sommes pas des parents parfaits mais on peut essayer d’être présent. C’est difficile pour un parent d’accepter que son enfant ait son histoire, sa liberté. Et qu’il y a des trajectoires plus faciles que d’autres. Etre un parent suffisamment bon, c’est passer du temps « avec », être présent et laisser libre. Aimer un enfant, c’est être dans cette attitude un peu paradoxale.

On grandit avec eux car on est tout le temps en train de se remettre en question ! Et ça, c’est formidable. Etre parents nous fait travailler sur nous-mêmes : d’abord parce que l’altérité dans le couple fait travailler sur sa propre éducation, mais aussi parce que les enfants nous font réfléchir aux normes du monde dans lequel on vit. Aujourd’hui, une partie de leurs valeurs viennent de la société beaucoup plus que du milieu familial.

Pour parler, il faut du temps, de la confiance. Il est essentiel de créer des moments pendant lesquels un enfant et un parent peuvent se parler.

La force des parents aujourd’hui : ils sont très à l’écoute de leurs enfants. Les pères notamment prennent une place importante. Les enfants voient ainsi que chacun peut avoir son opinion et c’est important pour eux. Cela leur permet de découvrir l’altérité, les différences dans la famille. Que l’on peut se disputer, traverser des épreuves et être ensemble. Il est également important qu’ils voient la tendresse, l’amour, la joie ! et le rire en famille !

Propos tirés du guide de Geneviève de Taisne « Etre parents : une école de vie »

Réflexion éducative : Faut-il corriger son enfant quand il n’emploie pas le bon mot ?

Faut-il que je corrige mon enfant quand il n’emploie pas le bon mot ? 

 « Arki tocoup. » Voilà un charmant remerciement ! Dans cette communication quotidienne, celle qui vise l’échange simple et banal de la vie, l’organisation habituelle, on peut reprendre facilement l’enfant quand il n’emploie pas le mot juste ou la construction de phrase attendue.

Et l’enfant va être longtemps confronté aux subtilités de la langue française. Compter des œufs est, par exemple, tout un art pour les liaisons : un Nœuf, deux Zoeufs, trois Zoeufs, quatR’œuf, cinQoeufs, six Zoeufs, sept Toeufs… Il va apprendre à s’ajuster. Ce travail se fait très naturellement avec ses parents, ses éducateurs. Ils s’y attendent et sont heureux de guider l’enfant sur ce chemin de maitrise. C’est un lieu de compliments, de fierté qui tissent des liens durables dans la famille.

On rit aussi des bons mots qui peuvent demeurer dans le lexique familial pour longtemps (quand le Centre Leclerc devient le Centre bleu-clair, que Pascal se fait appeler Pas-Sal, que le camembert se transforme en camion vert…), en veillant à ce que le « créateur » n’en soit pas humilié. Et c’est vite arrivé ! Un petit charmait sa grand-mère en la nommant « mômère ». Alors pourquoi faire évoluer ce qui plait ? Ce qui n’est pas corrigé ? Les vacances arrivent avec les grands cousins qui, hilares, se mettent à appeler la grand-mère comme le petit. Lequel, percevant immédiatement la pourtant très légère moquerie, arrête immédiatement cette prononciation enfantine.

C’est peu à peu que les mots nouveaux sont appris, et la prononciation mise au point. Quelques fois l’enfant n’y arrive pas seul, l’incompréhension des mots formulés par l’enfant dure. L’entourage peut ne pas savoir comment aider, peut aussi s’agacer… En cas de trouble de la prononciation, le médecin traitant sera le mieux placé pour faire vérifier par un ORL l’audition de l’enfant ou l’orienter vers une aide orthophonique.

Et s’il n’emploie pas le bon mot en racontant un cauchemar ? Dès que l’implication émotionnelle est forte, elle passe avant toute correction sous peine de couper l’envie de s’exprimer sur un sujet important pour l’enfant. Dans ces moment-là les parents doivent être attentifs à ses ressentis, à le rassurer, à aller plus loin « qu’est-ce que tu veux dire ?… Qu’est-ce que ça te fait de constater cela ?… La gestion des émotions est plus importante que l’emploi du bon mot.

Auteur : CNAFC

Comment garder l’optimisme en éducation ? (janvier 2018)

 

Chantier Education – Janvier 2018

 

 

 

            Comment garder l’optimisme en éducation ?

 

 

 

Nous avons souvent une exigence élevée par rapport à nos enfants (politesse, ordre, performances scolaires, artistiques …)et sommes régulièrement déçus de constater que nos efforts éducatifs ne portent pas rapidement les fruits escomptés.

 

 

 

Comment faire un tremplin de cette difficulté ?

 

* Il est important de bien connaître son enfant, d’apprendre à l’observer dans différents contextes (par exemple en groupe avec ses pairs, au sein de sa fratrie, avec ses grands-parents …)

 

 

 

* Apprendre à distinguer et nommer ses qualités permet de ne pas se noyer dans les critiques du quotidien. On peut ainsi lui offrir pour son anniversaire la liste des « 24 merveilleuses raisons, parmi toutes les autres, pour lesquelles je suis heureuse d’être ta maman ».

 

 

 

* Le regard des pères est essentiel pour observer les choses qui changent et celles qui ont changé (regard souvent plus objectif).

 

 

 

* Prenons le temps de discerner si la barre de nos attentes est placée trop haut. Le risque serait, dans ce cas, que notre enfant perde confiance en lui.

 

 

 

* Quand nous faisons face à une grosse difficulté, essayons de la découper en plusieurs petites. Fixer des objectifs petits mais précis est plus motivant pour nos enfants.

 

 

 

* Dans une situation conflictuelle, particulièrement avec les ados, essayons de chercher la solution avec notre enfant dans un dialogue qui évite la relation dominant/dominé.

 

 

 

* N’hésitons à noter ce qui évolue chez notre enfant et à l’en remercier ! L’heure du coucher, surtout avec les jeunes enfants, est un temps privilégié pour faire le bilan sur le chemin parcouru et pour s’en féliciter.

 

 

 

Tirons notre force du regard de Dieu. Aimons dans un acte au présent. « Ce n’est pas le chemin qui est difficile, c’est le difficile qui est le chemin »(Soren Kierkegaard)