CAMPAGNE DE SENSIBILISATION DES AFC, DES LE 5 MAI : « QUELLE SOCIETE VOULONS-NOUS ? »

Les AFC lancent une campagne de sensibilisation à destination des parlementaires et des Français sur le sujet de l’euthanasie et du suicide assisté.


Une société du soin et de l’attention, ou une société du renoncement et de la mort sur ordonnance ? Voilà le thème de sensibilisation et de réflexion proposé dans cette campagne des AFC.
Sous forme de visuels expressifs, une même situation de souffrance est illustrée selon la logique du développement des soins palliatifs ou selon celle de l’aide à mourir.
Les scènes sont tirées de faits réels survenus dans les pays qui ont déjà légalisé l’euthanasie et/ou le suicide assisté.
L’objectif est d’alerter les parlementaires et le grand public sur les effets négatifs que la Loi sur le « droit à l’aide à mourir » produirait : – elle concernerait chaque personne qui aurait à se poser la question de ne plus « peser » à la fin de sa vie, – elle introduirait une confusion entre « soigner » et « faire mourir », – elle créerait des conflits au sein des familles, – elle n’éviterait pas les dérives successives – elle affaiblirait la relation de confiance avec les soignants.
Les cinq visuels seront envoyés aux parlementaires par courrier dès le 5 mai et diffusés en même temps sur les réseaux sociaux.

Ensemble pour la vie – Les Associations Familiales Catholiques

ARTICLE LE FIGARO du 19 mars 2025 (Marie-Laetitia Bonavita). Pascale Morinière : «La famille, plébiscitée par les Français, est la grande oubliée des décisions politiques»

ENTRETIEN – Le forum VIVA !, organisé par un collectif de 17 associations qui soutiennent les fragilités, la vie et les familles, se tiendra le 22 et 23 mars prochain au Parc floral de Paris. La présidente de la Confédération nationale des associations familiales catholiques (CNAFC) explique le sens de ce rendez-vous.

Une cinquantaine d’associations présenteront des initiatives positives en faveur de la vie quotidienne par toujours facile, des familles éprouvée, des personnes fragiles et de leur aidant. Cette rencontre, qui réunira grand public et nombreuses personnalités, est organisée par plusieurs associations dont la Confédération nationale des associations familiales catholiques (CNAFC).

Sa présidente Pascale Morinière, médecin généraliste de formation, mère de famille de trois enfants et ex-vice-présidente des Scouts unitaires de France (Suf), appelle à l’engagement des Français pour prendre soin avec générosité de ceux qui les entourent.

LE FIGARO. – Le Forum Viva ! proposera de nombreuses conférences, ateliers… Quel public vise-t-il ?

Pascale MORINIÈRE. – Les 17 présidents des associations fondatrices du forum VIVA font le constat de la montée de la solitude, des délitements sociaux et familiaux, de la perte du sens de la vie et des difficultés éducatives des parents dans un contexte d’effacement des repères.

Ces journées s’adressent aux familles – plus souvent démunies que démissionnaires – pour éduquer leurs enfants, aux couples qui aspirent à être accompagnés pour construire une relation durable et vivante ou qui souffrent d’une infertilité, aux femmes marquées par un deuil périnatal, aux 14% de Français qui sont aidants de l’un de leurs proches, aux jeunes qui peinent à trouver un sens à leur vie et à tous ceux, très nombreux, qui cherchent à créer davantage de liens et à se mettre au service des autres…Quel que soit son âge ou sa situation : lycéens, étudiants, jeunes pros, couples ou célibataires, parents, grands-parents, Viva ! propose des initiatives positives pour soutenir chacun dans sa vie quotidienne.

Quels seront les thèmes traités au cours de ces deux jours ?

Une centaine d’ateliers et de conférences se dérouleront sur les deux jours et traiteront de pratiquement toutes les étapes de la vie dans un programme à la fois très divers et très accordé aux situations concrètes. Les couples pourront trouver de nouveaux moyens pour mieux communiquer, traverser ensemble les difficultés, trouver un bon équilibre entre la vie familiale et la vie pro, gérer la place des écrans ou vivre le départ des enfants.

Plébiscitée par les Français, la famille est pourtant la grande oubliée des programmes et décisions politiquesPascale Morinière

Quelles que soient les fragilités traversées, chacun pourra repartir avec plus de souffle pour faire face aux difficultés : qu’il s’agisse d’évoquer la souffrance au travail, prévenir et guérir le burn-out, trouver la juste attitude face à la maladie psychique d’un proche ou vivre le handicap…

La question de l’accueil de la vie sera essentielle, alors que les Français ne mettent pas au monde autant d’enfants qu’ils le souhaitent, avec les thèmes de l’infertilité, de l’accueil d’une grossesse imprévue, des repères bioéthiques, de la culture du no kids, de l’impact de l’avortement, des Napro technologies – technique médicale d’aide à la procréation naturelle – ou des mille premiers jours de l’enfant.

La famille sera bien sûr au cœur de ces journées. Plébiscitée par les Français, elle est pourtant la grande oubliée des programmes et décisions politiques. Les parents seront épaulés au plan éducatif, qu’il s’agisse de protéger les enfants des violences, d’apprendre à maîtriser les écrans, de transmettre une juste éducation affective et sexuelle ou de réussir à l’école. Les familles seront aussi éclairées face au défi de l’écologie, à la recomposition familiale, à la monoparentalité ou pour s’engager au service des autres.

Enfin, le thème plus difficile de la fin de vie sera abordé, qu’il s’agisse d’organiser le maintien à domicile ou d’envisager une entrée en Ehpad. L’actualité de la fin de vie, l’annonce d’un diagnostic difficile, la prise en charge de la douleur, les soins palliatifs, la toute fin de vie d’un proche ou le deuil seront traités afin d’évoquer toutes les situations de nos vies de famille.

Parmi ces divers sujets, quels sont ceux qui, à vos yeux, sont le plus révélateurs des maux de la société ?

On constate une montée de l’indifférence et une « culture du jetable », souvent dénoncée par le pape François. Elles sont les conséquences du primat de l’individualisme. L’idéal de l’autonomie mène à toujours plus de solitude et contribue à la séparation des couples, au non-accueil de l’enfant à naître et à l’indifférence vis-à-vis des malades, des personnes handicapées, âgées ou en fin de vie. Notre société souffre de notre incapacité à être « gardiens de nos frères », comme le déclare Caïn à la suite du meurtre d’Abel. Bien sûr, nous ne tuons personne mais la « mort sociale » ravage pourtant nos sociétés postmodernes.

Ce constat devrait amener une réaction vigoureuse et déterminée de tous les hommes et femmes de bonne volonté pour promouvoir une société plus humaine, une société de la relation et de l’attention aux plus fragiles.

On constate une montée de l’indifférence et une « culture du jetable », souvent dénoncée par le pape François. Elles sont les conséquences du primat de l’individualismePascal Morinière

De nombreuses personnalités sont invitées. Comment les avez-vous choisies?

Notre grande diversité associative permet de rejoindre un large panel de témoins et de personnes talentueuses et compétentes qui ont été sollicitées et ont adhéré à ce projet positif. Nous ne cherchons pas à dénoncer ou à déplorer mais à apporter de la valeur au plus près de chacun. Cette attitude a emporté une très large adhésion et nous a permis de réunir 150 intervenants, qu’il s’agisse d’Hélène Bonhomme, fondatrice des Fabuleuses au foyer, du philosophe Rémi Brague, du psychanalyste Jean-Guilhem Xerri, longtemps engagé auprès des gens de la rue, de Blanche Streb, auteur et conférencière ou de Jean-Didier Lecaillon, économiste et professeur émérite des Universités.

Plus d’une cinquante d’associations sera présente. Le but de Viva! Le forum est-il de mettre en avant leur rôle dans la société ?

Le but de Viva ! est de faire connaître le bien qui est fait à travers ces associations pour permettre à davantage de personnes de s’y engager. Mais le principal objectif est d’apporter des services à toutes les personnes qui passeront dans le village des associations, qu’il s’agisse des conseillers conjugaux et familiaux du Cler Amour et Famille qui tiendront un point-écoute, des Fabuleuses au Foyer qui soutiendront les mères dans leur équilibre familial et professionnel, de l’Office Chrétien des personnes handicapées (OCH) qui sera à l’écoute des familles concernées par le handicap, ou du comédien Mehdi Djaadi qui donnera son dernier spectacle « Couleur framboise » qui évoque la question de l’infertilité, par exemple.

Quels messages positifs voulez-vous apporter à travers ce forum ?

Notre message essentiel est qu’il n’y a pas de fatalité du délitement social ! Il existe une générosité réelle chez les Français qui ne demande qu’un peu d’encouragements et des occasions pour s’exprimer. Nous avons commandé un sondage à l’Ifop pour préparer le forum Viva ! et nous ajuster au mieux aux attentes des Français. L’une des questions de cette enquête cherchait à évaluer si nos concitoyens seraient prêts à donner du temps chaque mois pour passer une heure avec une personne isolée. Ils ont été 76% à répondre positivement ! Avant d’appeler à la responsabilité des pouvoirs publics, reconnaissons qu’il existe une mine de dévouements inexprimés à stimuler et galvaniser pour le bien de tous. N’attendons pas que tout vienne des pouvoirs publics ! Ils ne peuvent pas tout, leurs moyens sont limités et ils n’ont pas la souplesse d’adaptation des familles ou des associations.

Ce sont les personnes qui ont la chance d’avoir des liens familiaux qui ont la grave responsabilité de prendre soin de ceux dont le tissu relationnel est fragile.

COMMUNIQUE DE PRESSE CNAFC: PROGRAMME EVARS: LES AFC DENONCENT UN PROGRAMME SOURCE DE CONFLITS POTENTIELS ENTRE LES PARENTS ET LES ECOLES.

Les AFC ont appris l’évolution du programme d’EVARS suite à sa discussion et son vote jeudi 30 janvier au sein du Conseil Supérieur de l’Education.


L’information préalable des parents sur les contenus et les dates d’intervention, qui avait pourtant été réintroduite par rapport à la version de décembre, est à nouveau supprimée. L’Ecole s’arroge donc le droit, sur un sujet particulièrement intime, de passer outre toute information des familles. Le projet de programme apporte pourtant des éléments nouveaux et intéressants :

L’éducation à l’intimité et au respect,
La prévention de la pornographie et la prostitution des mineurs,
La prévention du harcèlement en ligne,
L’utilisation de la littérature pour aider à la réflexion.


Néanmoins, les AFC prennent acte du fait que le bon sens, la connaissance élémentaire de la croissance psycho-affective des enfants, le respect de la liberté de conscience et de la primauté éducative des parents n’ont pas été pris en compte par les concepteurs de ce texte. Il nie et indifférencie toujours la place particulière des parents, qui sont considérés comme des adultes de confiance comme les autres, Il considère les émotions comme un absolu. Il y manque toujours une éducation au discernement fondée sur la raison et l’apprentissage de l’exercice de la liberté et non sur les ressentis. Cette éducation permet
seule de créer les conditions d’un vrai consentement. Enfin, il maintient des enseignements portant sur le genre, qui qui ne peuvent que semer le trouble sans aider à la construction de la personne ni permettre une parole de sens à propos de l’altérité homme femme.
Les familles attendent que l’Ecole remplisse ses missions élémentaires avant de dispenser une éducation comportementaliste aux élèves.

Les AFC demandent à la Ministre de l’Education nationale de ne pas publier un
tel programme susceptible d’être source de conflits entre les parents et les
écoles.

COMMUNIQUE DE PRESSE CNAFC: Réaction des AFC à la suspension administrative du directeur de l’Immaculée Conception de Pau.

Les Associations Familiales Catholiques déplorent et s’inquiètent de la
suspension administrative prononcée à l’encontre du directeur de
l’établissement scolaire de l’Immaculée Conception de Pau.


L’arrêté de suspension du directeur porte sur le non-respect de la laïcité, alors
que la Loi reconnait aux établissements catholiques sous contrat un caractère
propre et qu’il n’est donc pas anormal que des activités à caractère
confessionnel soient proposées aux élèves


Cette mesure interroge, quant à la volonté de dialogue des rectorats avec les
établissements scolaires catholiques sous contrat d’association avec l’Etat.
Plusieurs établissements de ce type ont fait l’objet de campagnes de
dénigrement et d’inspections souvent peu respectueuses de leur caractère
propre, ces derniers mois. Il s’agit souvent d’établissements d’excellence qui
semblent servir de boucs émissaires à une volonté d’aligner les établissements
sous contrat sur les établissements publics.


Les AFC demandant que la paix scolaire soit préservée et que les familles
continuent de disposer d’un libre choix réel entre les différents types
d’enseignement.

(ARTICLE CNAFC) DISCERNER POUR VOTER EN CONSCIENCE.

Comment faire son choix entre des candidats à nos yeux imparfaits ? Sur quels critères les catholiques doivent-ils fonder leur décision ? Entretien.

Qui sont-ils ?

  • Fabrice Hadjadj est écrivain et philosophe, directeur de l’institut Philanthropos en suisse
  • Le Père Marc Lambret est prêtre du diocèse de Paris et aumônier des parlementaires depuis 2018

Voter est-il si important pour un chrétien dont l’espérance est celle de la vie éternelle ?

Père Marc Lambret – Les chrétiens savent que leur responsabilité pour ce monde vient aussi de leur élection au Royaume qui n’est pas de ce monde. Voter, c’est pour tout être humain une responsabilité à l’égard de tous, mais celle-ci est d’autant plus pressante et grave pour les chrétiens que la charité les presse, et qu’ils sont la lumière du monde par leur baptême. Cet apport qu’ils sont censés fournir à leurs contemporains, personne ne pourra le remplacer. Donc, s’ils manquent à leur devoir, si le sel s’affadit, qu’est-ce qui pourra saler ?

Fabrice Hadjadj – Je voudrais d’abord rappeler que la vie politique  comprend beaucoup d’autres dimensions que l’élection  présidentielle, à commencer par l’exercice de notre métier, ou nos engagements locaux ou associatifs. Je crains toujours que la  présidentielle ne confisque les énergies politiques au profit d’un  grand spectacle d’intronisation et de décapitation successives. En commençant sa vie politique par le bas, le chrétien se souvient que ce qui le commande dans l’action est l’amour du prochain.  Deuxièmement, je rejoins le P. Lambret : être tourné vers le Père Éternel, c’est être tourné vers Celui qui est le créateur de ce monde temporel et donc être confirmé, par la foi en sa Providence, qu’il est bon pour moi d’être né Français et de participer à la vie française au XXIe siècle. Le chrétien, parce qu’il sait que la politique n’est pas tout, a une attitude qui ne pourra jamais le tourner vers des formes totalitaires ou fascisantes. Cette juste distance n’est pas un dédain ou un mépris, mais lui permet d’être suffisamment dégagé pour opérer un discernement.

« En commençant sa vie politique par le bas, le chrétien se souvient que ce qui le commande dans l’action est l’amour du prochain. » Fabrice Hadjadj

Le président ou la présidente de la République peut-il (elle) être un homme ou une femme providentiel(le) ? Quelles attentes faut-il placer en lui (ou elle) ?

Père M. L. – Toutes les époques et toutes les sociétés ont cette tentation de déifier le roi, le chef. Dans notre histoire politique récente, celle-ci a été relayée par le fait que, à la suite de la Seconde Guerre mondiale, nous avons eu des statures historiques comme le général de Gaulle ou François Mitterrand. Il ne faut pas s’étonner si l’éloignement de ces périodes extraordinaires nous prive de rôles  extraordinaires. Mais ce qui me paraît essentiel, concernant notre regard sur l’élection présidentielle, c’est surtout l’affaiblissement d’une grande part des structures institutionnelles, y compris des partis politiques. Voilà pourquoi cette tentation est à la fois plus pressante, plus hystérique et plus désespérée que jamais. Il est donc important de désillusionner nos contemporains.

F.H. – Je trouve très pertinent ce rapport de proportion inverse entre l’affaiblissement institutionnel et le désir d’un homme qui incarne toutes les dimensions du pouvoir. Mais aujourd’hui, les grands enjeux sont des enjeux écologiques, planétaires : dès lors, la dimension historique, nationale, tend à s’affaiblir. On risque de ne même plus rechercher un homme providentiel, mais de se confier, avec la faiblesse des institutions politiques, à des experts, ou même à des systèmes experts et à des algorithmes. Au moins, l’homme providentiel nous présente encore une forme d’incarnation du pouvoir et une figure humaine de responsabilité. D’autre part, la Bible ne cesse de nous parler à la fois de libérateurs – Abraham, Moïse, chacun des Juges… – mais aussi de liberté. On attend un libérateur, mais si l’on se focalise sur lui, celui-ci peut tout d’un coup devenir un dictateur, avec notre consentement. Le Christ, le libérateur par excellence, à un moment, abdique, s’efface. C’est ça la Pentecôte ! C’est le passage de la libération, comme acte passif, à la liberté comme exercice de ma responsabilité. Je ne suis pas l’ennemi de tout libérateur, mais si on se focalise sur la figure du libérateur, on perd sa liberté et sa responsabilité.

Père M. L. – Le risque du passage du prétendu libérateur au despote est réel, si bien qu’avant de voter il faut évaluer le rapport des candidats aux institutions, dont le président est le garant selon la Constitution. La question de la confiance qu’on peut faire aux  candidats pour ce qui est de respecter celles-ci et de les défendre est capitale.

Aucun candidat ne propose un programme qui soit en adéquation parfaite avec l’Évangile et la foi catholique. Peut-on voter pour un moindre mal ?

Père M. L. – Ne cédons pas à la facilité de dire : « Ils sont tous mauvais ! » Certes, ils sont tous mauvais, mais Dieu seul est bon ! Pour répondre à cette question, je vais citer le cardinal Vingt-Trois dans le document publié par les évêques de France en 2011 : « Nous devons soigneusement distinguer ce qui relève de l’impossibilité de conscience et ce qui relève d’un choix encore acceptable, même s’il ne correspond pas totalement à nos convictions, parce que, alors, un bien, même modeste, reste réalisable ou peut être sauvegardé, en tout cas davantage que dans d’autres hypothèses. » Bien sûr, il y a des principes qui doivent être tenus très fermement, à l’aune  desquels certains candidats peuvent se trouver en opposition avec notre foi. Mais pour pouvoir agir, il faut donc soigneusement travailler avant de conclure dans un sens ou dans l’autre. Attention à ne pas habiller un moment d’émotion ou un premier penchant d’une déclaration de principe sur tel ou tel candidat : « celui-là est  insupportable, je le raye ». Nous risquerions d’avaler le chameau en ayant filtré le moucheron. Dès lors, il nous reste à faire une pondération entre les possibles, en nous fiant à des sources institutionnelles et non à des propos de café du commerce.

F. H. – L’ordre de la cité temporelle n’est jamais celui d’une lumière sans ombre et du bien sans tache. Il est normal qu’on soit dans un domaine de pénombre. Le domaine de la politique n’est pas celui des mathématiques, il n’y a pas de propositions univoques, avec des possibilités de déductions, comme on le ferait d’un théorème. On est livré à des situations multifactorielles, dans un domaine où l’on ne maîtrise pas les conséquences, puisqu’elles sont liées à une société multiple et libre et à la contingence propre de l’avenir. Il y a un moment où on fait un choix, de l’ordre de la responsabilité personnelle.

« Attention à ne pas habiller un moment d’émotion ou un premier penchant d’une déclaration de principe sur tel ou tel candidat. Nous risquerions d’avaler le chameau en ayant filtré le moucheron. » Père Marc Lambret

Y a-t-il des critères qui soient prioritaires sur les autres ?

F. H. – C’est la question de l’ordre des biens : est-ce que la défense de la vie l’emporte sur la répartition des richesses ? Imaginons que quelqu’un veuille donner moins aux pauvres et plus aux riches et qu’en même temps il soit contre l’avortement et le mariage pour tous : la réponse n’est pas si claire que ça, et elle appartient à chacun, en conscience. En Italie, le mouvement Communion et Libération donne une consigne de vote à ses membres, sur le seul critère de la liberté de l’Église. Ce à quoi doit veiller le chrétien, c’est qu’il ait la possibilité de défendre la vie, de s’occuper des pauvres, d’enseigner, d’annoncer la Bonne Nouvelle. On peut imaginer un pouvoir qui distribuerait parfaitement les richesses mais qui interdirait tout culte : le chrétien devrait s’y opposer.

M.L. – Le critère principal de la liberté religieuse est une donnée de toujours et partout, même si elle nous échappe en France avec notre tradition laïque. Pourtant, nous n’avons pas du tout à renoncer à ce critère mais à le renforcer. Il porte en lui la question de la liberté de conscience, que Vatican II a reconnue comme un bien de droit divin. Celle-ci ne mène ni au libertarisme ni au libéralisme, mais au respect des droits de chacun, de la personne humaine et de la conscience de chacun. Ce respect est éclairé par le sens de la liberté de l’Église. Voilà le critère principal.

F. H. – Ce critère est doublé par la liberté de l’Église à prêcher la vérité pour que ces personnes puissent librement y avoir accès. Derrière ce critère de liberté, il y a aussi le droit et le devoir à l’enseignement, à l’éducation, et – pour le chrétien – à l’annonce de la Bonne Nouvelle.

M.L. – Bien sûr, reconnaître la liberté de conscience, c’est aussi reconnaître que toute conscience humaine est faite pour la vérité. L’Église est Mater et Magistra, et son sens de la vérité est un service qu’elle doit à tous.

Comment former sa conscience pour faire un choix libre et responsable ?

F. H. – On pourrait penser que le mieux informé est celui qui a suivi tous les débats, qui sait à quoi s’en tenir. Mais ceux-ci sont souvent faits pour qu’il y ait un triomphateur plutôt que pour que des idées soient pesées et développées. Le chrétien sera toujours un très bon politique quand il fera son devoir d’état. C’est là, de proche en  proche, que se joue notre être politique. J’écoute très peu les gens débattre, je lis peu les journaux. Si on ne veut pas que ce soit simplement un spectacle, il faut d’abord être au courant des sujets qui sont en jeu, pas de ce qu’en disent les candidats.

M.L. – Je suis tellement d’accord avec vous que je n’ai pas pensé une seconde à citer les débats ou les professions de foi des candidats pour former la conscience ! Ma recommandation est extrêmement pratique : il faut s’intéresser aux informations et aux discours qui sont repérables, signés et sourcés. Ne vous contentez pas des idées qui traînent. Nous sommes dans une époque de l’image et de l’émotion, ce qui est très ruineux pour la formation éclairée du jugement.

Discerner pour voter en conscience (afc-france.org)