Réflexion éducative des Chantiers-Education – septembre 2018 : « Savoir dire non à son enfant » de Gisèle Ginsberg

Pas facile de dire non à son enfant quand il vous implore de ses grands yeux câlins pour obtenir quelque chose. Pourtant lui mettre des limites, c’est lui donner des repères pour grandir.

« Manon n’en fait qu’à sa tête ! Elle veut tout décider et j’ai du mal à me faire entendre, se plaint Eléonore, la maman de cette petite fille de huit ans. C’est vrai qu’on lui a toujours beaucoup cédé et qu’elle en a pris l’habitude. »

Comme Eléonore, beaucoup de parents se sentent aujourd’hui un peu démunis face aux exigences de leurs enfants. Ceux-ci sont parfois dans l’opposition et la revendication permanentes, et ce, bien avant l’âge de l’adolescence.

Quand les parents sont démunis

Pourtant, l’enfant, dès son plus jeune âge, a besoin de limites, sinon il risque de tomber dans l’excès, les débordements en tous genres, voire l’agressivité : « Vers 2 ou 3 ans, il est dans l’illusion de la toute-puissance, explique Béatrice Copper-Royer, psychothérapeute. Il se croit le maître du monde et il est bon de le recadrer avec tendresse et fermeté. Il est important de lui montrer qu’il ne peut pas tout maîtriser et que ce n’est pas lui qui décide de tout. Maman et Papa sont là pour ça. Si on ne le fait pas, on risque l’escalade : en grandissant, ce sera toujours plus ! Certains parents ont du mal à lui dire « non » parce qu’ils ont peur de lui faire de la peine, même un instant. Ils n’osent plus affronter les conflits, les frustrations que leur enfant doit nécessairement connaître et qui va lui permettre de se construire comme sujet. » Donner des repères à un enfant l’aide à grandir et cela le sécurise : en effet, celui-ci est envahi de pulsions très fortes dans sa petite enfance que seules les règles et l’éducation vont parvenir à contenir progressivement.

Contenir ses pulsions le rassure.

Savoir dire « non » à son enfant est un moyen de l’aider à se structurer mentalement : « Si l’enfant est une personne, commele disait Françoise Dolto, il n’est pas une grande personne, précise Béatrice Copper-Royer. Laisser l’enfant trop décisionnaire crée chez lui beaucoup d’anxiété et peut se traduire par des troubles du sommeil, de grosses colères, etc. Cela le soulage que l’on décide pour lui et qu’on lui résiste de temps à autre. »

« S’opposer est aussi un acte d’amour. L’enfant a besoin de cette autorité bienveillante et tranquille qui, dans l’affrontement, le rassure. »

C’est aussi protéger son enfant que de déterminer pour lui un mode de vie stable, fait d’une multitude de petits rituels si rassurants : le réveil le matin à la même heure avec le chocolat chaud sur la table de la cuisine, le bain du soir avant le dîner, l’histoire lue au coucher, le câlin avant d’éteindre la lumière. Et tout cela dans le même ordre. Rien n’est plus sécurisant pour lui que de répéter les mêmes choses tous les jours. Il appartient aux parents de définir en douceur ces fameuses règles qui vont régir la vie de leur enfant. Petit à petit, celui-ci va intégrer les interdits, apprendre la frustration en différant la satisfaction de ses désirs. L’important, c’est d’être cohérent avec ce que l’on énonce : « Quand on pose des principes, il est souhaitable de s’y tenir et de ne pas changer d ‘avis tous les jours », souligne Béatrice Copper-Royer. Si on a dit « non » un jour, il est préférable de ne pas dire « oui » le lendemain sous prétexte que l’on est fatigué et que l’on n’a pas envie de rentre en conflit avec son enfant. Celui-ci sentira la faille et s’y engouffrera avec jubilation ».

L’enfant tyran, souvent surprotégé.

Le risque de ne pas mettre de limites à son enfant, c’est de le voir prendre le pouvoir dans la famille… On parle alors d’ « enfants tyrans » qui poussent à bout leurs parents, ces derniers cédant de plus en plus de terrain. Ils sont souvent surprotégés par des parents aimants débordés par l’omnipotence de leur progéniture. Toute la vie familiale tourne autour des desiderata du petit roi qui excelle dans le chantage affectif : « Ces parents-là ont l’impression fantasmatique que tout accepter de son enfant est une preuve d’amour à son égard. Ils doivent comprendre aussi que ce n’est pas parce qu’ils vont s’opposer à lui que celui-ci ne va plus les aimer », rectifie Béatrice Copper-Royer.

En réalité, il est très angoissant pour un enfant d’avoir l’impression que rien ne le canalise, que rien ne s’oppose à lui. Les « enfants tyrans » sont en fait envahis par l’angoisse et leurs diktats sont autant d’appels au secours vers l’adulte.

Autorité n’est pas synonyme d’autoritarisme.

Mais reprendre les rênes du foyer, n’est pas pour autant revenir au vieil autoritarisme d’antan qui ne laissait aucune place à la voix de l’enfant. Autrefois, il y avait parfois la volonté de faire appliquer sans nuance des règles jamais négociables. Selon le Dr. Daniel Marcelli, pédopsychiatre, chef de service de psychiatrie infanto-juvénile du CHU de Poitiers : « Entre tout interdire et tout céder, il faut retrouver les voies d’une autorité constructive et non d’une autorité aliénante. »

Une autorité bienveillante, fondée sur le respect et le dialogue mutuel se révèle efficace et structurant pour l’enfant. On peut la définir comme l’expression d’une volonté parentale susceptible de s’opposer à celle de l’enfant, lui montrant que son père ou sa mère garde le contrôle de la situation dans le souci de son bien-être : « Il y a de la force et de la tranquillité dans cette attitude qui va rassurer l’enfant malgré l’affrontement probable et passager. »,déclare Béatrice Copper-Royer.

Pour que le message passe mieux l’enfant a besoin de comprendre les raisons d’une interdiction. Même s’il proteste énergiquement, il se sent respecté dans son intégrité psychique : « Il devient un sujet à qui on prend le temps d’expliquer les choses », souligne la psychothérapeute.

Gisèle Ginsberg

Vies de famille – Février 2005

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